Le domaine qu'avait choisi Mira
était beaucoup plus ensoleillé que celui de Brunon. Dominant un immense cirque de montagnes entaillées de gorges profondes, il portait de hauts pâturages et des landes rocailleuses fleuries de rhododendrons. Lorsque venait l'été et que les troupeaux montaient en alpages, elle pouvait s'enfoncer dans les épaisses forêts qui l'entouraient.
En entendant cette évocation vivifiante, j'étais transporté vers les glaciers de Samivel et l'alpe de Johanna Spyri : Des alpages inférieurs montaient de toutes parts les clochettes des troupeaux comme une incantation de paix... Heidi courut alors sous les sapins et se mit à danser de joie en entendant gronder et siffler le vent dans les hautes branches...
Je regardais mon ours en peluche plongé dans son rêve, qui lisait ce livre mystérieux, sorti par magie de ma bibliothèque. Comment était-ce possible ? J'avais beau chercher dans mes souvenirs, aucun livre ne faisait l'affaire. L'avait-il apporté ? Nounours l'avait-il subtilisé à sa nouvelle famille. Oserais-je me présenter chez ces gens en disant : Excusez-moi, je vous rapporte le livre que mon ours en peluche vous a emprunté pendant son séjour chez vous. Désolé. Cela ne se reproduira plus.
Non vraiment, c'était hors de question. Il valait mieux penser à autre chose.
Nounours avait tourné la page à présent et continuait tout joyeux sa lecture. Puis subitement, il referma le livre et, se tournant vers moi, il me montra la couverture, en me regardant fixement comme si j'étais le dernier des idiots de n'avoir pas lu une telle merveille. Sur fond d'aquarelle je pus lire :
Brunon
Le dernier ours des Bauges
Et comme si je n'avais rien compris, il faut dire que j'étais un peu étonné, il rouvrit brusquement le livre sur une page titrée Prologue, qui débutait ainsi : Dans le massif des Bauges, dont les contreforts viennent mourir au bord du lac d'Annecy.
Je restais là à regarder le livre sans savoir quoi faire : allais-je suivre Nounours dans la montagne ? allais-je revenir dans la bibliothèque.