Dans la bibliothèque
La vie a repris son cours normal, avec Nounours, et un gros doute. L'enfant avait-elle perdu son Nounours, qui était revenu vivre avec nous ? Ou : Nounours, à la façon de certains chats qui se font nourrir aussi par des voisins, Nounours squattait-il deux maisons, avait-il décidé de vivre dans deux endroits différents ? Et la question suivante : en même temps ou à tour de rôle ?
La vie a donc repris son cours normal, si on peut dire, jusqu'au jour où, jusqu'au soir, devrais-je dire pour raconter comme il faut l'histoire (on ne sait jamais, ça peut servir à quelqu'un d'autre de savoir), jusqu'au soir où, le film à la télé étant d'un ennui mortel, je décidai d'aller chercher un livre dans la bibliothèque. Quelle idée ? me demandai-je, alors que j'avais tout ce que je voulais sur ma tablette numérique. Amusé par cette pensée, j'entrai dans la chambre d'amis qui nous sert la plupart du temps de bibliothèque.
Et là, assis par terre un livre ouvert devant lui, Nounours lisait. Il lisait en murmurant, à la façon appliquée qu'ont les enfants quand ils commencent à savoir lire.
Il lisait : Le domaine qu'avait choisi Mira...
Manifestement il ne m'avait pas entendu ouvrir la porte (je restais là sur le seuil, interloqué, l'esprit vide l'espace de quelques secondes). Tout absorbé à sa lecture, Nounours semblait ravi par moments, parfois nostalgique. Quand il commença à sangloter, j'entrai, m'assis à côté de lui et le pris doucement dans mes bras. Il se laissa faire, puis se blottit tendrement contre moi. Alors seulement, je regardai par-dessus son épaule et poursuivis sa lecture.
Un soir, Brunon qui avait vagabondé tout l'été...
Tu viens te coucher mon Minou ?
Je sursautai comme pris en flagrant délit de cambriolage. J'entendis ma Bichette passer dans le couloir et entrer dans la chambre. J'étais juste venu choisir un livre pour la soirée, je n'avais pas vu passer le temps et j'étais toujours là avec Nounours. Je le reposai endormi sur son livre et sortis doucement de la bibliothèque. Je ne pus m'empêcher de penser : comme un voleur. C'est absurde et cela me fit sourire.