Brunon qui avait vagabondé tout l'été
s'était décidé l'automne venu à aller croquer quelques raisins au Villars avant les vendanges. A peine sortait-il du bois que des coups de feu retentirent dans les vignes, suivis de hurlements de douleur, et Brunon vit de loin l'agonie de son frère achevé par les chasseurs du village. Terrifié il remonta dans les bois d'où il ne ressortit plus jusqu'aux derniers jours de novembre.
Je levais les yeux du texte, me tournant vers mon ours en peluche qui avait toujours son museau blotti contre ma poitrine et semblait dormir à présent. Un frère ? murmurai-je en pensant aussitôt : Brunon ? Tu t'appelles Brunon ? Je laissais vagabonder mon esprit quelque temps, puis jetant un coup d'oeil aux illustrations, de magnifiques aquarelles, je tournai les pages d'une main jusqu'au début du livre, Brunon le dernier ours des Bauges.
Mais, alors que je m'apprêtais à lire, à me plonger dans la nouvelle histoire, un doute m'assaillit brusquement : laisserai-je Nounours tout seul dans la bibliothèque, au risque qu'il se réveille et se sente abandonné ?