Le récit s'organise tant bien que mal et vous suivez comme vous pouvez

C'est quand même extraordinaire, vous êtes toujours là, vous voulez en savoir plus. Et bien je vais vous dire.

Gribouillage à la suie - Jacques Bouchut

Vous vous rendez compte de la situation ?

Qu'est-ce qu'il y avait après la forêt ? quand je suis revenu de votre côté, de mon ancien seul côté du monde avant le partage, la scission. C'est ça, vous pensez que je suis schizophrène légèrement autiste profond, eh bien n'y pensez plus, vous ne vous rendez absolument pas compte de la situation.

Ah oui, les radiations...

Après avoir marché dans la forêt, donc, avant d'arriver trempé à ma voiture garée sur les quais... Non, pas du tout, je confonds tout. C'était une autre fois, un jour d'été, ma voiture garée à l'ombre des arbres. Levant la tête, il semble que j'ai à nouveau trébuché là, comment expliquer autrement mon brusque passage de la Provence ensoleillée à Paris maussade et gris ? Je levais la tête vers le ciel irradié, seules quelques feuilles, encore accrochées aux branches au-dessus de moi, me protégeaient des radiations, j'ai couru dans la rue, vite sous un autre arbre en résistances au ciel, un soir d'automne. Après, je ne me souviens plus, j'ai couru d'arbre en arbre et puis quoi ?

Je sais ce que vous pensez : Il a couru comme un fou. Mais vous ne comprenez pas ?

Allez, courage, essaye encore d'expliquer, de témoigner. Je me dépêche, car vous ne le savez probablement pas, mais d'un côté, de l'autre, ça ne dépend pas de vous, de votre habileté ou de votre maladresse. Du moins pas que je sache. Je l'ai expérimenté suffisamment, bien trop souvent, pour affirmer avec conviction et détermination que vous passez, c'est tout. Sans savoir comment, brusquement vous êtes de l'autre côté, du mauvais, du bon. Voilà pourquoi je me dépêche de vous dire, pendant que je suis encore du même côté que vous.

Je me rappelle cette fois, oui, où (cette fois où, pour un oui ou pour un non) j'ai trébuché là, sur des spectres, des spectres glacés (Cold Specks) et j'ai basculé dans un puits de malheur et de souffrance, chute silencieuse interminable, enveloppé de brume, cette voix sublime, ce cri du blues, cette lamentation qui ne se plaint plus, qui ne craint plus rien, la voix de celle qui, passée de l'autre côté du monde, ne pourra jamais revenir.

Sombre est la nuit, clair le jour, ce n'est pas si simple, les jours et les nuits, vous n'avez pas idée de la complexité, le présent, le passé, tout finit par se mélanger, les frontières s'évanouissent, les territoires se rejoignent, pourtant vous vous y retrouvez, très bien, dans cette continuité, vous sautez des étapes, pas toujours de la même façon, vous sautez à saute-mouton sans difficulté, c'est votre histoire après tout, vous la connaissez par coeur, bon, elle change de temps en temps, les autres vous le rappellent parfois, mais quelle importance ? c'est votre ressenti, ce que vous croyez, c'est votre vie de maintenant ce passé mélangé au présent, ces rêves d'avenir, ces projets, ces attentes, ces désirs, tout ce qui vous passe par la tête et que vous oubliez parfois dans l'instant. Non ? pas vous ? allez, avouez tout, dites-nous votre pensée profonde, je vous entends vous savez (menteur).

Alors on continue ? Oui, j'ai entendu, parfaitement, vous avez dit : ce délire, vous avez pensé on continue ce délire.

Bon, ça suffira pour aujourd'hui. J'en ai par-dessus la tête : continuez tout seul, moi j'en peux plus.

Dommage.

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