Et comme dessert, qu'est-ce que vous prenez ?
- Deux poissons crus au concombre, approuva le serveur du restaurant japonais en inscrivant la commande. Une boisson ?
- Oui, s’il vous plaît, une carafe de vin blanc.
Le serveur s’inclina légèrement et s’éloigna.
- Alors, c’est oui ? demanda Aïcha.
- À votre avis ? répondit Madjik.
Les yeux d’Aïcha brillaient comme deux diamants noirs. Pourtant, elle n’avait encore rien bu. Madjik riait, étonné et troublé par le spectacle de cette joie enfantine.
- Oui ! Mais ce rapport, faites voir ?
Aïcha sortit une enveloppe de son sac à main, en retira quelques feuilles qu’elle déplia et lui tendit.
- Voilà le résultat de mes recherches sur votre ordinateur.
Madjik prit le document et le parcourut. Aïcha l’observait d’un air malicieux ou excité ou coquin, allez savoir. Le serveur revint avec la carafe et versa un peu de vin blanc dans chaque verre. Puis, il posa la carafe sur la table et s’éloigna à nouveau.
- Stupéfiant ! Quelle idée avez-vous eu de faire cette recherche?
- Vous vouliez que je fasse preuve d’initiative ou bien je n’ai pas interprété de la bonne façon ce que vous attendiez de moi ?
- Vous êtes éblouissante, Aïcha. Vous savez, j’étais plutôt à court d’idée. Ou peut-être voulais-je savoir de quelle façon vous alliez encore m’étonner.
- Cette fois, c’est vous qui m’étonnez. Ce n’était pas un test d’embauche ?
- Vous avez gagné dès votre entrée dans ma vie, vous le savez très bien. Quelque chose en nous le savait. Enfin, c’est ce que j’ai pensé après l’entretien. Alors cette recherche ?
Aïcha pouffa de rire.
- Vous n’allez pas me croire. Je me suis immédiatement bloquée sur Internet. Je croyais trouver facilement une piste intéressante. Des renseignements en rapport avec mes projets ou avec vos recherches publicitaires.
- Mais ce rapport ?
- L’idée m’en est venue après. J’avais été fascinée par ces mots simples qui déclenchaient chaque fois un chiffre énorme. Un mot, une quantité colossale de documents. C’était comique. Absurdement comique. Alors j’ai continué. Un jeu.
- Et si, à ce moment-là, je vous avais questionnée sur votre travail ?
- Je n’y ai même pas pensé. Excusez-moi, mais vous étiez un peu hors sujet à ce moment-là.
- Et maintenant ? demanda Madjik.
- À votre avis ?
- J’ai envie de vous embrasser.
- Moi aussi.
Le serveur revenu glissa le plat de poisson sur la table, entre les deux amoureux, juste au-dessous de leur regard, les yeux dans les yeux.
- Bon appétit, murmura-t-il avant de s’éloigner à nouveau.
Aïcha et Madjik pouffèrent de rire.
- Nous verrons cela plus tard, déclara-t-il.
- Certainement, approuva-t-elle.
Nouveau fou rire. De vrais gamins. Aïcha paraissait très excitée. Madjik semblait en pleine forme, c’est-à-dire comme s’il n’était plus stressé.
Madjik leva son verre. Aïcha en fit autant. Ils trinquèrent.
Un peu plus tard, lorsqu’il eut fini de manger sa part de poisson, il consulta plus attentivement le rapport d’Aïcha.
- Amour, 45 000 documents. Enfant, 90 000 documents, deux fois plus. Vous ne trouvez pas cela étonnant ?
- Et combien déjà pour Dieu ? demanda Aïcha.
- Dieu au singulier ou dieux au pluriel, 23 000. Entre vérité ou vrai, 25 000, et mensonge ou faux, 22 000. Un peu plus que liberté, que réalité ou encore rêve, 20 000 chacun. Mais dieu, au singulier ou au pluriel, totalise moins de documents que île, 30 000, et moins que montagne, 29 000. Et puis, croire ou croyance, 7 000, totalisent à eux deux autant que nuage ou encore volcan !
- Et les mots anglais, avez-vous remarqué ? Travel totalise environ 5 millions de documents, si je me souviens bien.
- L’industrie du voyage, commenta Madjik. Et vous avez noté également : love et money, un million... Ces Anglo-Saxons, quel pragmatisme !
- L’amour et l’argent.
À présent en 2016, je note ceci : plus de 4 milliards pour love, 2,6 milliards pour money et 1,5 milliards pour god ou death. Mais écoutons ce que dit Madjik.
- Je vois que god arrive tout de suite derrière love et money avec 800 000 documents. Ainsi que death. Dieu, la mort, ça vous intéresse ?
- Plus que l’amour ?
- Avez-vous choisi votre dessert ? demanda-t-il.
- Oui, vous ! répondit-elle.