Chapitre 8
Le cosmonaute : Pas, pas au départ... Ce sont les radiadia qui rara... radinent.
- Qui te reviennent par boubou, bouffées, tu veux dire ?
Le cosmonaute : Da, da señor.
Eulalie : Parlez d'un dialogue ! Quand je pense que je me suis laissée culbuter dans l'orge pour en arriver là ! Tout mon âge mûr qui fout le camp !
- Ce n'était pas dans l'orge. C'était dans l'avoine.
Eulalie : Dans l'orge.
- Dans l'avoine.
Eulalie : Dans l'orge.
- Dans l'avoine.
Eulalie, très doucement : Orge, Zéphyrin.
Zéphyrin, même jeu : Avoine, Eulalie.
Le cosmonaute, pris d'une illumination : Mais non, du maïs. Je me souviens, c'était du maïs. J'ai été conçu dans le maïs. Un champ de maïs rempli de sauterelles !
Eulalie : Oui ! Il a raison, du maïs ! Et ça bondissait de partout !
Dans un grand cri : Simplicius !
Le cosmonaute : Maman !
- Simplicius !
Le cosmonaute : Papa !
L'enfant, immobile, les yeux baissés.
- Je te l'ai dit la dernière fois, je te l'ai dit l'avant-dernière fois, je te l'ai dit cent fois, tu es sûr de ne pas le savoir ?
L'enfant ne jugea pas bon de répondre. La dame reconsidéra une nouvelle fois l'objet qui était devant elle. Sa fureur augmenta.
- Tu vas le dire tout de suite, hurla la dame.
L'enfant ne témoigna aucune surprise. Il ne répondit toujours pas. Alors la dame frappa une troisième fois sur le clavier, mais si fort que le crayon se cassa. Tout à côté des mains de l'enfant. Celles-ci étaient à peine écloses, rondes, laiteuses encore. Fermées sur elles-mêmes, elles ne bougèrent pas.
- C'est un enfant difficile, osa dire Anne Desbaresdes, non sans une certaine timidité.
L'enfant tourna la tête vers cette voix, vers elle, vite, le temps de s'assurer de son existence, puis il reprit sa pose d'objet, face à la partition. Ses mains restèrent fermées.
- Je ne veux pas savoir s'il est difficile ou non, Madame Desbaresdes, dit la dame. Difficile ou pas, il faut qu'il obéisse, ou bien.
Dans le temps qui suivit ce propos, le bruit de la mer entra par la fenêtre ouverte. Et avec lui, celui, atténué, de la ville au cœur de l'après-midi de ce printemps.
- Une dernière fois. Tu es sûr de ne pas le savoir ?
Une vedette passa dans le cadre de la fenêtre ouverte. L'enfant, tourné vers sa partition, remua à peine - seule sa mère le sut. Le rosé de la journée finissante colora le ciel tout entier. D'autres enfants, ailleurs, sur les quais, arrêtés, regardaient.
- Sûr, vraiment, une dernière fois, tu es sûr ?
Encore, la vedette passait.
- Recommence, dit la dame.
L'enfant ne recommença pas.
- Recommence, j'ai dit.
L'enfant ne bougea pas davantage. Le bruit de la mer dans le silence de son obstination se fit entendre de nouveau.
- Je ne veux pas apprendre le piano, dit l'enfant.
Lino qui s'apprêtait à boire une gorgée de café, posa sa chope.
- Je n'ai pas assez de choses à faire en ce moment et je m'ennuie.
- Tu n'as qu'à étudier, puisque tu es étudiante.
- Tu n'es pas gentil, papi ! Tu sais bien qu'étudier, ce n'est pas mon fort.
Son grand-père éclata de rire.
- Tu n'as pas encore trouvé ce que tu as envie d'apprendre, c'est tout.
- Tu crois vraiment que je vais trouver ?
- Bien sûr ! Chacun d'entre nous a envie d'étudier quelque chose, mais il faut parfois du temps pour trouver ce que s'est. Et si on ne cherche pas, on ne trouve pas.
Lino couvrit sa tasse des deux mains en pensant que depuis qu'elle avait arrêté la natation, elle n'avait pas cherché.