Chapitre 7

Le vent poussait de légers nuages dans le ciel du matin, les nuages se disposaient en festons de cirrus, puis de cumulus; vers neuf heures et demie il est tombé une averse, et le pluviomètre en a conservé quelques centilitres; un arc-en-ciel a suivi, mais incomplet, et il dura peu; le ciel s'est obscurci de nouveau, la plume du baromètre enregistreur est descendue suivant une ligne presque verticale; le tonnerre a grondé, et il est tombé de la grêle. Moi, de là-haut, je croyais tenir dans mes mains les éclaircies et les tempêtes, les orages et les brumes; non, pas comme un dieu, ne croyez pas que je suis devenu fou, je ne me prenais pas pour Zeus tonnant, mais plutôt comme un chef d'orchestre qui a devant lui une partition écrite et sait que les sons qui sortent des instruments répondent à une intention dont il est le principal gardien et le dépositaire. Le toit de tôle résonnait comme un tambour sous les averses; l'anémomètre tournait; cet univers fait de ruptures et de sautes était traduisible en chiffres à recopier en colonnes sur mon registre; un calme souverain présidait à la mise en route des cataclysmes.

Dans ce moment de plénitude et d'harmonie, un craquement m'a fait baisser le regard. Pelotonné entre les marches de l'estrade et les poteaux de soutien du hangar, se tenait un homme barbu, vêtu d'une grossière veste à rayures trempée de pluie. Il me regardait de ses yeux clairs.

- Bonjour, dit le vieil homme.

Le chat leva à peine la tête et lui rendit son salut à voix basse, d'un ton las. C'était un bon vieux gros matou noir.

- Belle journée, non ?

- Hum, dit le chat.

- Pas un nuage !

- Pour l'instant...

- Le beau temps ne va pas durer ?

- Ça va se gâter dans la soirée, à mon avis, répondit le chat noir en étirant lentement une patte et en plissant les yeux en direction du vieil homme.

Il regardait le chat en souriant.

Ce dernier hésita un instant, sans raison apparente, puis se résigna à prendre la parole.

- Hum, alors comme ça... vous savez parler, vous ?

- Oui, dit le vieil homme, un peu honteux.

Puis, pour montrer son respect, il ôta son bonnet de montagne en coton tout élimé.

- Je ne parle pas à tous les chats que je croise, reprit-il, seulement quand les circonstances s'y prêtent, comme maintenant.

- Hum, fit l'animal, résumant ainsi succinctement ses impressions.

- Ça ne vous dérange pas si je m'assieds un moment ? Nakata est un peu fatigué de marcher.

Déjà leurs odeurs atteignaient ses narines. Le premier qu'il aperçut était un raton laveur endormi.

C'était la première fois qu'il en voyait un en chair et en os. Il n'avait vu que des films de télévision. Mystérieusement, la poussière radioactive avait été presque aussi fatale à cette espèce qu'à l'ensemble des oiseaux - qui avaient presque tous disparu maintenant. Mû par un véritable automatisme, il sortit son Argus. A la catégorie raton laveur, les derniers prix étaient évidemment indiqués en italique : comme les percherons, il n'y avait pas de raton laveur sur le marché. L'Argus se contentait de signaler le prix auquel le dernier raton laveur avait été vendu. C'était un chiffre astronomique.

Compliments, Adso, continua le bibliothécaire, effectivement ces images nous parlent de cette région où l'on arrive en chevauchant une oie bleue, où l'on trouve des éperviers qui pèchent des poissons dans un ruisseau, des ours qui pourchassent des faucons dans le ciel, des écrevisses qui volent avec les colombes et trois géants pris au piège et mordus par un coq.

Le jour où les ennuis commencèrent, Haroun rentrait de l'école quand il reçut la première averse de la saison des pluies.

Quand les pluies arrivaient sur la ville triste, la vie devenait un peu plus facile à supporter. A ce moment de l'année, il y avait de délicieuses brèmes dans la mer et les gens pouvaient cesser de manger des poissons-chagrins; et l'air de venait frais et propre parce que la pluie chassait presque toute la fumée noire que crachaient les usines de tristesse.

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