Chapitre 5

Il regardait Folavril étendue sur le lit. Elle souriait, les paupières à demi baissées. Il ne voyait de ses yeux qu'un point brillant sous les cils frisés. Elle avait la jambe gauche pliée en angle soulevant sa robe légère, et Lazuli suivait, troublé, la ligne de l'autre jambe, depuis le petit soulier découpé jusqu'à l'ombre au-delà du genou.

Il ne bougeait pas. Les mains de Folavril se portèrent à son collier de fleurs jaunes qu'elles défirent doucement. A bout de bras sans quitter Lazuli des yeux, elle laissa couler le fil pesant sur le plancher. Maintenant elle enlevait un soulier, sans hâte, tâtonnant un peu autour de la boucle chromée.

Lazuli respirait plus fort. Fasciné, il suivait les gestes de Folavril. Elle avait des lèvres juteuses et écarlates comme l'ombre à l'intérieur d'une fleur chaude.

Les ongles des pieds de Folavril étaient laqués de nacre bleue.

Elle portait une robe de soie boutonnée sur le côté de l'épaule au mollet. Elle commença par l'épaule et dégagea deux des boutons. Puis elle revint à l'autre extrémité, libérant trois attaches - une en haut, une en bas, deux de chaque côté. Il en restait une seule, à la ceinture. Les pans de la robe retombaient des deux côtés de ses genoux polis, et à l'endroit de ses jambes où tombait le soleil, on voyait trembler un duvet doré.

Un double triangle de dentelle noire s'accrocha à la lampe de chevet, et il n'y avait plus que le dernier bouton à défaire car le léger vêtement mousseux que Folavril portait encore au terme de son ventre plat faisait partie intégrante de sa personne.

Le sourire de Folavril attira soudain tout le soleil de la chambre. Fasciné, Lazuli s'approcha, les bras ballants, incertain. A ce moment, Folavril se dégagea complètement de sa robe et, comme épuisée resta immobile les bras en croix. Pendant le temps que Lazuli mit à se déshabiller, elle ne fit pas un mouvement, mais ses seins durs, épanouis par leur position de repos érigeaient inexorablement leur pointe rosé.

Il s'allongea près d'elle et l'enlaça. Folavril, se tournant sur le côté, lui rendit ses baisers. Elle lui caressait les joues de ses mains fines et ses lèvres suivaient les cils de Lazuli les effleurant avec justesse. Lazuli, frémissant, sentait une grande chaleur se fixer dans ses reins et prendre la forme stable du désir. Il vit une perle de sueur transparente et liquide rouler le long du sein de Folavril et se pencha pour la goûter; elle avait le goût de lavande salée; il posa ses lèvres sur la peau tendue et Folavril, chatouillée, colla son bras à son côté en riant. Elle ne riait plus, elle avait la bouche à demi entrouverte et l'air plus jeune encore que d'habitude, comme un bébé qui va s'éveiller.

Au-dessus de l'épaule de Folavril, il y avait un homme, l'air triste, et qui regardait Lazuli.

Elle observait, semblait-il, une silhouette dégingandée, les pieds en l'air, qui marchait sur les mains au grand amusement d'un groupe de badauds. C'était un de ces mendiants acrobates de la côte, dont les articulations souples se pliaient dans tous les sens au prix de quelques pièces.

Un garde-plage lui faisait signe de s'éloigner et, miraculeusement en équilibre sur une main, le clown parvint de l'autre à lui faire un pied de nez. Le garde s'avança, menaçant, puis recula, après avoir reçu un coup de pied dans l'estomac. Le clown se redressa et s'éloigna, tandis qu'une foule rien de moins que sympathisante retenait le garde écumant.

Le clown était assez près maintenant pour qu'on le vît distinctement. Son mince visage était prolongé par un nez généreux. Ses longs membres minces et son corps efflanqué, dont la maigreur était accentuée par son costume, se déplaçaient avec grâce, mais on avait un peu l'impression que ses bras et ses jambes avaient été jetés au hasard pour être rattachés à son corps.

Sa vue prêtait à sourire.

Le clown parut soudain s'apercevoir qu'ils le regardaient, car il s'arrêta et, se retournant brusquement, s'approcha. Ses grands yeux bruns étaient fixés sur Bayta, ce qui la déconcerta quelque peu.

Le clown souriait, mais cela rendait plus triste encore l'expression de son visage, et quand il parla, ce fut avec l'élocution un peu compliquée des Secteurs Centraux.

- Si je devais faire bon usage de l'intelligence dont les bons esprits m'ont gratifié, dit-il, je dirais alors que cette dame ne peut exister, car quel homme sain d'esprit affirmerait qu'un rêve est une réalité ? Et pourtant, ne serais-je pas en droit de croire ce que voient mes yeux charmés ?

Bayta ouvrit de grands yeux.

- Eh bien ! fit-elle.

Eveline, bondissant : Je ne tiens pas à discuter avec un fou, un illuminé !

- Viens près de moi, ma petite mouette, viens respirer l'air du large... Un air !...

Il respire longuement.

- L'iode me saoule ! L'iode me fait tourner la tête... Je vois des nuages qui roulent bas, tête-bêche... cul sens dessus dessous... Où es-tu, ma divine ?

Eveline : Je suis là... je... je... j'arrive !

Elle traverse la scène, son verre à la main, en titubant légèrement.

- Toi aussi, tu boites !... Tu boites comme une femme amoureuse.

Eveline : C'est l'iode ! Ça doit être l'iode !...

Elle se blottit contre Basile.

- Mon petit pied d'alouette ! Mon petit pied de poule !

Eveline : Mon grand dingue !... (Humant l'air.) Oh !... Il fait rudement bon ici... Ça me rappelle Roscoff, quand j'étais môme...

Basile, l'enlaçant et désignant la salle d'un vaste geste : N'est-ce point prodigieux toutes ces étoiles ?

Eveline : Oh là là ! Qu'est-ce qu'il y en a ! Je n'en ai jamais vu autant d'un seul coup.

La main à la charrue ! Et l'autre - l'autre main - assez puissante pour te culbuter dans l'avoine, Eulalie.

Eulalie : C'était de l'orge.

De l'avoine.

Eulalie : De l'orge.

Orge ou avoine, c'est ainsi qu'est né Simplicius.

Eulalie : Mon fils.

Notre fils unique.

Eulalie : La chair de ma chair.

L'os de mes os.

Eulalie, sèche : A quatre ans, il a claqué la porte. On ne l'a jamais revu.

Il détestait sa mère.

Eulalie : Il détestait son père.

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