Une secousse ? et alors...
Kévin pensait retrouver un peu de calme et de sécurité en retournant dans la cuisine romaine où il avait atterri (par hasard ?) ce matin. Quand il entra, Moussakas qui devait bouillir comme l'eau dans une marmite, et depuis un bon moment, s'écria :
- Alors Kévinagoras .... c'est à cette heure-ci que tu arrives ?
- Il y a eu un tremblement de terre, j'ai eu très peur et je me suis enfui, bredouilla Kévin qui n'avait aucune envie d'expliquer la foulonnerie, les bains et tout ça.
Le chef regarda ce que son commis Kévinagoras rapportait du marché, frappa dans ses mains, jeta un coup d'oeil vers Souvlakis en levant les bras au ciel sans rien dire, fixa son regard sur Kévin, les poings sur la ceinture, coudes écartés, et explosa :
- Par Jupiter ! ! ! et la rue ? et les raisins ? Qu'est-ce que tu as fabriqué pendant tout ce temps ? Moi qui voulais faire une surprise au maître, pour le repas de ce soir, avec les raisins... Et la sauce de mon lièvre ? Qu'est-ce que je vais faire de toi, Kévinagoras ? Tu mérites au moins 99 coups de fouet.
- Voyons Moussakas, c'est son premier jour, aies pitié de lui, intervint Souvlakis.
Puis, Souvlakis se tourna vers Kévin et déclara :
- En tout cas, demain c'est toi qui vas à la boulangerie chercher les braises pour la cuisinière. Et pas moi, compris ?
Kévin approuva d'un signe de tête.
Sur la cuisinière, il n'y avait plus que 2 marmites fermées par un couvercle. Une marmite reposait au chaud sur un tapis de cendres. Une autre marmite était posée sur un trépied au-dessus des braises. Le feu était réglé très doux pour laisser la préparation mijoter tranquillement : les braises n'étaient plus rouges et vives à présent, mais elles avaient au contraire une teinte blanchâtre et un mince filet de vapeur et de fumée s'échappait de la cuisine par la fenêtre percée sur le haut du mur.
- Tu as senti la secousse, Souvlakis ? reprit Moussakas.
- Bien sûr ! Une sacrée secousse.
- Et tu t'es sauvé en courant ?
- Par Hadès, le dieu des enfers, ou par Pluton, bien sûr que non ! mais je connais plusieurs personnes qui sont déjà parties depuis 3 ou 4 jours. Je pense qu'il y a des gens qui ont peur. Ce garçon a l'air encore très jeune, il n'est pas stoïque comme nous. Il apprendra avec le temps à supporter la souffrance et les malheurs sans se plaindre.
Chacun continua son travail en silence pendant un bon moment, puis Moussakas dit à Kévinagoras :
- Ça va pour cette fois, mais il faut que tu me trouves la rue et mon raisin. Tu vas aller voir mon copain Olympiacos, qui travaille dans une taverne à 3 îles d'ici. Il me dépannera.
- Trois îles ? demanda Kévin.
- Mais d'où tu sors ? 3 pâtés de maisons, 3 îles quoi ! Bon, tu traverses et tu prends la rue de l'Abondance sur la droite : c'est à l'angle de la troisième rue.
- Ah ben oui ! chez Asellina...
- Ah ben oui ! chez Asellina, c'est ça ! et bouge tes fesses, Kévinagoras, avant que je te fasse bouffer par les lions.