La peste

Quand sonna l’heure des Laudes (prière de la douzième heure de la nuit, à l’aurore) à l’Abbaye de Saint-Laurent, la panique se répandit dans la livrée cardinalice d’Albano : Rufin, le palefrenier, était mort pendant la nuit à l’âge de 40 ans.

Malade depuis quelques jours, il ne s’occupait plus des chevaux et Adam, le paneton, un jeune homme de 19 ans qui s’occupait du service du pain à table, avait été affecté à l’écurie pour soigner les chevaux et leur donner à manger.

Toute la maisonnée, la maîtresse et sa famille ainsi que femmes de chambre, servantes et domestiques, tous avaient été réveillés en catastrophe.

Avant Prime, un médecin appelé en toute urgence avait déclaré que l’homme était mort de la peste. Bientôt, des gens d’armes étaient venus chercher le cadavre et toutes ses affaires.

Pendant ce temps on se préparait au départ en toute hâte. Bertrande et Renoul partiraient avec leurs domestiques, alors que ceux d’Étienne Aubert qui ne resteraient pas à Albano seraient renvoyés dans leur famille. Ainsi, Bertrande de Monteruc avait convenu avec Maître Gilles, l’intendant, et Dame Gilète, la gouvernante, qu’ils resteraient au Palais d’Albano avec leurs enfants, Margot la lingère, 14 ans, Martin, 12 ans, apprenti cuisinier, et Mahy, 8 ans, serviteur, pour garder la demeure. Ils devraient bien nettoyer la maison et l’enfumer avec des herbes, selon la prescription du médecin. Les domestiques s’occupant de la cuisine et des services de table étaient renvoyés dans leur famille.

Bertrande et Renoul partant avec leurs chevaux, il n’y avait plus besoin d’Adam à l’écurie.

Accompagnés de Jeanne, la chambrière, et de Jean, le valet de chambre, ainsi que de leurs 2 enfants, Guiote, 9 ans, et Tybaut, 6 ans, accompagnés également d’Imelda et d’Alix, la servante âgée de 18 ans, Bertrande de Monteruc et Renoul de Gorse se rendraient au Palais des papes. Ils habiteraient provisoirement chez un haut dignitaire de la famille de Bertrande, qui était son frère, le notaire apostolique Pierre de Monteruc.

Il faut savoir qu’autrefois, à l’époque médiévale mais aussi jusqu’au 19e siècle, les parents avaient facilement une dizaine d’enfants. Mais beaucoup mouraient de maladie avant d’atteindre l’âge adulte. Souvent il ne restait que 3 ou 4 enfants, qui se mariaient dès qu’ils étaient de jeunes adultes (à partir de 15 ans). D’autre part, nombre d’adultes mouraient de maladie, d’accident du travail ou à cause de la guerre. Et peu de gens dépassaient l’âge de 40 ou 50 ans, même si certains vivaient très vieux.

Par exemple, mes arrière-grands-parents paternels, agriculteurs, sont morts en 1886, à l’âge de 39 et 40 ans en laissant 8 orphelins âgés de 1 à 15 ans. Les plus âgés ont été placés dans des fermes et les autres à l’orphelinat.

Herbes médicinales et aromatiques