Le jardin de l’abbaye de Sénanque

L’abbaye de Sénanque comportait 3 jardins, celui des plantes aromatiques et médicinales, le jardin potager, ainsi qu’un verger comportant cerisiers, poiriers, figuiers, pommiers. Le premier jardin du monastère était occupé par des parcelles surélevées, entourées de branches tissées qui servaient à retenir la terre. Ici on trouvait les plantes médicinales, appelées simples, et les plantes aromatiques, alors que les légumes poussaient dans une autre partie du jardin et les fruits un peu plus loin encore.
En ce magnifique matin de printemps, il faisait bon et les plantes exhalaient des parfums très odorants qui se mélangeaient. Odéric marchait d’un pas traînant entre les carrés de simples tout en se remémorant sa leçon : sauge, menthe, hysope sont les premières médecines.
Très bizarrement, il lui venait d’autres pensées qu’il s’efforçait de chasser. Il lui venait : sauge, thym, persil. Les deux comptines se percutaient dans son esprit et il y avait de quoi tout mélanger.
Se trouvant au bout du jardin des simples, il s’arrêta et regarda devant lui. De magnifiques sauges sclarées occupaient tout un espace.
Odéric se pencha pour cueillir 5 feuilles grises et veloutées qu’il mit dans sa poche. Puis, il regarda autour de lui pour voir s’il y avait les deux autres plantes. Mais non.
Il retourna sur ses pas en faisant plus attention, cette fois. Un peu plus loin, il trouva la menthe, facilement reconnaissable à ses feuilles vertes dentelées à l’odeur caractéristique. Il en cueillit une tige qu’il mit dans sa poche.
Se disant hysope, hysope, hysope, il chercha mais ne trouva rien. Changeant d’allée entre les parterres de plantes surélevées, il finit par découvrir une plante buissonneuse aux petites feuilles d’un vert sombre, un peu épaisses, dégageant une odeur forte lui rappelant le romarin, mais différent. Il hésita, puis cueillit 3 branchettes qui disparurent aussitôt dans sa poche.
À présent, tout guilleret, il repartit d’un pas joyeux vers les bâtiments de l’abbaye en chantonnant sauge, menthe, hysope sont les premières médecines.
Mais, tout en marchant, il lui venait des idées bizarres : Mais qu’est-ce que je fais là, dans cette abbaye ? Pas de réponse dans son esprit embrumé. N’y avait-il pas un autre jardin quelque part ? Odéric essaya de se rappeler un autre jardin, mais non, rien.