Nymphéa
Accroupie sur la pierre plate de son observatoire, Majee contemple une image inversée du monde. L'eau sombre couleur de soupe à la rhubarbe, renvoie à cet endroit la photographie du mur de pierres éclairées par le soleil du matin, de la maison un peu plus loin, derrière les tiges des kerrias, les branches du sureau, les feuilles du figuier.
Sur la gauche, les cotonéasters à contre-jour font une masse sombre, de laquelle émerge une architecture de pierres empilées : la cascade où rien ne coule.
La partie colorée du tableau à l'envers est encadrée par le laurier à gauche et le tronc penché du peuplier sur la droite, dont le sommet se reflète juste aux pieds de Majee.
Une bulle vient crever l'image du monde, provoquant une onde circulaire évanescente. Silence. L'image tremblotante se recompose, se fixe, lumineuse et claire.
Majee a légèrement bougé la tête.
Que se passe-t-il en profondeur, de l'autre côté de l'image inversée du monde ? Qu'y a-t-il derrière l'image colorée ?
Majee se relève et regarde l'eau sombre couleur de soupe à la rhubarbe. C'est trouble, opaque, mystérieux.
L'image inversée du monde a disparu, ensevelie déjà sous les feuilles des nénuphars, qui vont envahir la surface de la mare dès le printemps prochain.
Majee se retourne, enjambe le grillage, s'éloigne d'un air songeur.