Ils marchent dans la nuit

C'est une nuit de lumière électrique : les vitrines des magasins, les enseignes lumineuses, les lampadaires au-dessus des trottoirs, éclairant les boulevards, les fenêtres filtrant la lumière des appartements aux étages des immeubles, les phares des voitures, des autobus. Ils marchent dans la lumière rassurante de cette bulle d'activité humaine. Une bulle plongée dans la nuit de la campagne environnante. À travers le pays, des milliers d'étoiles scintillent dans la nuit de la campagne. Ce sont des oasis de lumière au milieu de la nuit. Elles sont reliées par un réseau complexe de lignes sinueuses, que tracent des milliers de vers luisants se déplaçant lentement, le long de fils imaginaires.

Dans les câbles de verre sous-marins, des milliards d'informations circulent d'un continent à l'autre, échangés par des hommes et des femmes, par l'intermédiaire de machines sophistiquées qui travaillent à la vitesse de la molécule.

Ils marchent dans la ville au rythme tranquille de gens en vacances. Ils marchent comme s'ils avaient toute la vie devant eux. Comme s'il fallait gaspiller ce temps qui justement ne compte plus. Un temps dilaté par la circonstance, qu'une horloge cosmique étire à la puissance 9. Chaque nanoseconde une seconde. Chaque molécule un monde lunaire avec des gorges profondes au sein de cratères secrets, des surfaces mystérieuses, des creux et des vallons, des surprises au détour du chemin. La main caresse un corps frémissant qui ondule et s'offre au jeu de la découverte silencieuse.

Ils marchent en rêvant, d'un même pas insouciant, chacun dans ses pensées, chacun sur une planète différente, la main dans la main.

Ils marchent, ils avancent, ils inventent chacun leur monde. Leur vie s'écoule au rythme de leurs pas dans la nuit.

C'est maintenant que ça se passe.

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