Rufisque
À Jacques
II fait chaud, il fait lourd,
Les alizés
S’enlisent.
La terre d’ocre et de feu devient sable et poussière.
La mer
Est comme une huile
Et le soleil délire au-dessus de la ville.
Il a bu le ciel bleu
Et bu la pluie des mangues
L’oued paresseux et même le marigot
Où s’agitait hier toute une négritude.
Les griots se sont tus avec leur balafon
Dans le grand fromager sommeillent les bulbuls.
Plus de bruit alentour
Pas même un chant d’oiseau,
Seuls dans l’air brûlant dansent les anophèles.
Les belles nonchalantes marchant comme des reines
Reposent leur long cou dans l’ombre des manguiers
Qui nimbent de mystère leur beau corps couleur d’ambre.
Les koras font silence,
Finis les longs palabres.
Toute vie s’alanguit dans la moiteur du jour
Et Rufisque assoupie semble une ville morte.
Rêve-t-elle au passé prestigieux de son port
À ses quais encombrés de huileuses barriques
Aux greniers débordant de balles d’arachide
À tous les grands navires amarrés sur ses bords ?
Rêve-t-elle aux marins en joyeuses bordées
Et aux beaux capitaines en leurs galons dorés ?
Délaissé
Longuement le vieux môle agonise,
La vague le caresse avant de l’engloutir.
Seule passe une charrette au cheval famélique
Que mène lentement sous son cône de paille
Un homme couleur d’ébène à l’allure hiératique.
Tandis que sur les wharfs que vient ronger la mer,
Assemblés par centaines
De tristes milans noirs veillent la ville qui dort
Comme on veille les morts.