Quand Nounours n'en fait qu'à sa tête
Il arrive un jour où l'on se dit : Je ne vais pas garder toute ma vie mon ours en peluche. Même si c'était, et quelque part ça reste, un personnage important de votre vie d'enfant, il arrive un jour où vous vous dites que votre Nounours pourrait faire plaisir à quelqu'un d'autre, au lieu de traîner là comme un malheureux, assis sur ce coussin ou pire encore relégué dans un coin de votre chambre d'adulte. Et je n'envisage même pas que vous l'ayez tout simplement mis au grenier, enfermé dans une malle aux souvenirs. Jeté à la poubelle ? Non quand même pas. Votre Nounours, non.
Alors vous regardez Nounours avec tendresse et nostalgie et vous lui dites : Nounours, je suis désolé de te quitter, mais l'heure d'une nouvelle vie pour toi est arrivée. Et vous pensez qu'au lieu de s'embêter toute la journée, maintenant il va pouvoir jouer à nouveau, avec un autre enfant. Il pourra à nouveau veiller sur lui, ou sur elle, la nuit. Trop cool.
Voilà la décision que j'ai prise il y a quelques mois déjà. J'ai donné mon Nounours à un enfant qui l'a adopté immédiatement à coup de gros poutous dans le cou. A voir mon Nounours enchanté de trouver un enfant aussi charmant, qui voulait bien enfin s'intéresser à lui, j'en ai éprouvé un léger agacement, une sorte de déception, c'est complètement idiot, alors j'ai réagi, vous pensez bien, et j'ai applaudi avec enthousiasme, ce qui a bien fait rire l'enfant et ses parents.
Naturellement, passé ce moment émouvant de séparation (on peut comprendre, vous filez un bon coup de pied dans votre enfance, alors qu'avant vous faisiez semblant (maintenant, c'est vraiment fini)), passé ce moment d'adieu, vous oubliez tout, Nounours, cauchemars de l'enfance, calins, tout. Et vous reprenez d'un pied léger votre vie insouciante d'adulte : vous replongez la tête la première dans les soucis, les tracas, les ennuis, la merdouille habituelle, la vie de tous les jours.
Et un jour, justement, un soir plus précisément, vous ouvrez la porte de votre chambre. C'est à ce moment-là, juste avant d'allumer la lumière que l'évidence vous frappe, ça vous est tombé dessus à l'instant : il y a quelqu'un ! Ou plutôt : il est là ! Nounours est revenu. Mais qu'est-ce que tu fais là ? Assis sur le fauteuil, il me regardait droit dans les yeux en rigolant, mais il n'a rien répondu.
Alors je suis retourné dans le salon et j'ai demandé : Bichette, c'est toi qui a remis mon ours dans la chambre ? Evidemment, c'était idiot, nous sommes deux dans la maison, qui d'autre aurait pu ranger mon ours en peluche à sa place ?
Et Bichette de me répondre : Ton ours, mais tu l'as donné, souviens-toi.
Je suis retourné dans la chambre sans rien dire (que pouvais-je ajouter à une remarque aussi judicieuse que vexante, même si c'était involontaire ?), je suis retourné en me disant : tu rêves !
Eh bien non, figurez-vous, je ne rêvais pas : Nounours était revenu à la maison, il était là. Et il se fichait bien de moi. Le lendemain, j'ai appelé les parents de l'enfant, évidemment. La maman était un peu surprise de mon appel. Il vous manque, vous voulez le reprendre ? Je répondis Non, non et m'embrouillais dans mes explications, Il va bien ? Après une petite hésitation, la mère me répondit Oui, oui, tout à fait, elle est bien rétablie de sa bronchite à présent. Je raccrochais le plus vite possible, après avoir bredouillé des excuses pour le dérangement.
Voilà l'histoire, j'ai donné mon ours en peluche et quelques mois plus tard il est revenu.