Le silence feutré de la salle de lecture avait été brisé par un bruit de locomotive et de rails. J'étais dans un train, une petite fille assise en face de moi dans le compartiment. Elle ne me voyait pas, regardant la nuit par la fenêtre. Ensuite, je ne me souviens plus. Ah si, il y avait cette musique lancinante, cette musique mandingue qui nous emportait vers quoi ? mon passé ? son avenir ? La musique nous emportait à la façon du conte, comme la vie qui passe.

Votre attention s'il vous plaît : le vol à destination de "Train du soir" sur Jardin de pierres a été détourné pour cause de disparition. Rien d'inquiétant cependant : nous vous invitons à sauter sans parachute dans une nouvelle réalité ferroviaire.

Plus tard il me semble, j'entendis cette voix venue des champs de coton, cette voix du blues et du gospel. Mais non, je mélange tout à nouveau.

Cette fois-ci je trébuchais là, sur un caillou du chemin qui mène à la bergerie. Pas le temps d'y penser, je me retrouvais en Extremadura, dans la campagne il est vrai, mais tout de même, loin, très loin du chemin, encore qu'il y avait bien un chemin et quelqu'un avec un enfant, là, juste au-dessous un peu plus loin, je voyais cet adulte, cet accompagnement de l'enfant, ils marchaient vers la plaine en contrebas, là-bas. C'est drôle, je me souviens en noir et blanc, des teintes de gris en fait. En Espagne, vous voulez rire, le soleil, la lumière, les couleurs du bonheur.

Et cette fois encore, oui. Mais comment suis-je passé d'Espagne en Malaisie ? Très étonnant ces ruptures de l'espace temps qui courent, ces failles de réalité subjectives temporelles, non ? De nouveaux territoires s'ouvrent à votre esprit, qui s'ouvre à autre chose.

Pas si mal finalement très intéressant, à force de passer de l'un à l'autre, je ne sais plus que penser : d'un côté le bon, de l'autre le mauvais, les deux côtés du monde c'est comme les melons, impossible de savoir à l'avance.

Est-ce que je mangeais une pêche savoureuse, une belle pêche de la Drôme ? quand je trébuchais là, et me retrouvais sur le quai de ce port. Cet adolescent ne me voyait pas, absorbé dans son occupation d'attraper des poissons, perdu dans ses pensées, ses attentes, ses espérances de trésors fabuleux, pêcheur de rêves ai-je pensé, il passait sa journée à plonger son fil (au bout d'une canne), s'esclaffant à chaque prise, prononçant les noms bizarres des poissons, en malais peut-être, je ne me souviens plus.

Et maintenant devant la cheminée. Petites flammes tremblotantes d'un feu d'automne. Mais, non, tu mélanges tout, pas encore, avant il y avait... quoi ?

C'était une fois. Non. Il était une fois une voix extraordinaire venue d'Afrique, une voix à vous réduire en statue de glace, s'évaporant en vapeurs infernales, sur un bûcher de désespoir sans fin. Mais non, j'ai déjà raconté. La fatigue.

Oh je sais, vous vous dites : c'est l'âge, il radote. Mais pas du tout, qu'est-ce que vous croyez ? Et puis d'abord, que savez-vous de mon âge, quand je suis né ? Vous rigolez : Ah ah ah ! il n'a pas mis de e à né, c'est un garçon ! Eh bien non figurez-vous... Une fille ? alors c'est une faute d'orthographe. Et Bens non, pas fotografe : defanse de soter pardesu le larbirinte. Ni fille ni garçon, je suis un personnage. Le personnage dit : quand je suis né. La personne âgée : quand je suis née. Bon et puis zut, c'est comme vous voulez.

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