C'est quoi ton problème ?
- Bonjour Alfrèdo ! Mais... ça ne va pas ?
Alfrèdo regardait son grand-père paternel comme s’il ne le voyait pas. Il était livide et dansait d’un pied sur l’autre. Grand-père le fit entrer et referma la porte de l’appartement.
Venue d’une autre pièce dont la porte était ouverte sur le hall d’entrée, grand-mère se précipita vers eux et demanda :
- Qu’est-ce qu’il t’arrive mon petit ? Tu n’es pas malade au moins ?
Alfrèdo, tout à fait incapable de sortir un mot, ne tenait pas en place : il entra comme un automate dans le salon, s’assit dans un fauteuil, se releva, marcha vers la fenêtre puis vers le hall.
- Mais qu’est-ce qu’il a fait de son joli blouson ? Il a dû avoir un accident ce petit, se plaignit grand-mère.
Ses grands-parents l’avaient suivi dans le salon, puis de nouveau dans le hall et leur attention affectueuse, inquiète et empressée finit par déclencher un flot de paroles, de la part d’Alfrèdo, dont le sens, même approximatif, leur demeura complètement incompréhensible.
Grand-mère l’entraîna alors à la cuisine pour lui préparer une boisson chaude réconfortante, tandis que grand-père téléphonait à Élisa, la mère d’Alfrèdo.
Alfrèdo se laissait materner.
Assis sur une chaise de la cuisine, le regard vide, les deux coudes sur la table, tenant à deux mains son bol fumant, il buvait le breuvage réconfortant comme il boirait une potion magique sortie mystérieusement de l’enfance.
Petit à petit, par reconstitutions progressives, ses grands-parents finirent par comprendre qu’il s’était fait agresser dans la rue par une bande de quatre jeunes, guère plus âgés que lui. Il ne s’était pas du tout laissé impressionner et l’altercation aurait pu très mal se terminer, car le ton était monté.
- Y en a un qui m’a menacé d’un couteau et les autres se sont jetés sur moi.
Heureusement, par je ne sais quel mystère de la pensée humaine, au moment où les jeunes l’agrippaient en gueulant, Alfrèdo se jeta à terre dans une brusque pirouette, arrachant son blouson qui resta dans les mains des voyous stupéfaits.
- Tu ne t’es pas fait mal au moins ? avait demandé grand-mère.
L’effet de surprise avait-il suffi, avec l’arrivée d’un taxi qui s’était arrêté sur un coup de frein ? Le temps de se retourner, Alfrèdo avait constaté que la bande avait pris la fuite.
- Mais enfin Alfrèdo, qu’est-ce qu’ils te voulaient ces jeunes ? demanda grand-mère. On n’est pas au Moyen Age tout de même.
- J’en sais rien, je n’ai rien compris.