J'ai une idée !

Le temps passait à mille choses, agréables et ennuyeuses, tristes et joyeuses, utiles et inutiles, le temps passait indifférent aux choses et aux humains, qui ne peuvent s’empêcher de s’inventer des réalités imaginaires, dérisoires bulletins météos proclamés comme ces religions conquérantes où chaque prosélyte est sûr de détenir l’unique vérité.

Et puis un jour, au beau milieu du grand silence du monde, il y eut un matin où Alfrèdo, endormi le nez dans son bol de Tonimalt à tremper sa tartine de pain de campagne beurrée et recouverte de confiture de sureau qui dégoulinait entre ses doigts et filait en partie dans le bol en partie sur la table, un matin comme tous les autres, en apparence, jusqu’au moment où Alfrèdo bondit d’un seul coup hors de son sommeil léthargique, comme un plongeur sort de l’eau après avoir battu un record de plongée en apnée, et déclara pour lui-même, puisque la compagnie se limitait alors à son unique et honorable personne :

- J’ai une idée !

Comment n’y avait-il pas pensé plus tôt ? Depuis qu’il lui envoyait des messages et qu’il en recevait de Mélodie grâce à la générosité involontaire des services internationaux de police, il ne lui était jamais venu à l’idée de se connecter en temps réel avec Mélodie.

Il s’empressa de rédiger un rendez-vous qu’il confia à l’habileté de Saint Bal, son ordinateur, avec pour mission de l’expédier de l’autre côté de l’océan, dans les délais les plus courts, tandis qu’il se dépêchait de combler son retard au lycée. En fait, pour Saint Bal cela n’avait pas tellement d’importance de se précipiter vu qu’à cette heure, 2h35 du matin heure locale, Mélodie devait dormir ; du moins on pouvait le supposer.

Le soir même en rentrant, Alfrèdo trouva la réponse qui l’attendait dans la boîte aux lettres de son ordinateur. Mélodie confirmait que 10h du matin lui convenait tout à fait. La seule modification qu’elle proposait c’était : dimanche à 10h, heure de Chicago, ce qui faisait 17h en France. Alfrèdo avait fixé son rendez-vous sans faire attention que 10h en France correspondait à 3h du matin pour Mélodie.

Il ne lui restait plus, maintenant, qu’à attendre que les minutes s’écoulent doucement vers une heure, puis deux, puis trois, et que les heures s’ajoutent aux heures pour faire une soirée, une nuit, une nouvelle journée et ainsi de suite jusqu’à dimanche 17h.

En attendant que ce long travail du temps s’exécute dans l’ombre, il ne resterait certainement pas là comme un idiot à se tourner les pouces : il avait bien trop de choses à faire, qui ne supporteraient pas l’usure du temps.

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