9 . Ce n'est pas bientôt fini ?

Vous roulez. Vous roulez au volant de votre voiture. De chaque côté, les deux bords de la route sont parallèles. Et devant vous, la route se rétrécit au loin. Droit devant vous, les deux bords parallèles de la route se rejoignent à l'infini. C'est aussi simple que ça, l'infini. C'est aussi simple que ça, les droites parallèles qui se rejoignent à l'infini. Il suffit, une fois dans sa vie, d'avoir roulé sur une route qui file tout droit pendant des kilomètres, pour comprendre ça, l'infini, les droites parallèles qui se rejoignent. En gym, c'est trop court (les droites parallèles). Et rouler sur le tapis ne suffit pas (en gym).

Vous roulez et quelle que soit votre vitesse, quelle que soit la distance parcourue, la route se rétrécit droit devant vous. Tout en restant parallèles (les bords), de chaque côté de votre véhicule.

L'infini, c'est ça : même si vous finissez par tomber en panne d'essence et d'existence, par la pensée vous savez qu'aussi loin dans le temps et dans l'espace que vous rouliez, droit devant vous il y aura toujours cette route, toujours la même et toujours différente. Vous êtes dans le toujours. Vous roulez toute la nuit.

Bien sûr, ayant compris cela assez rapidement, vous, moi je suis plutôt du genre géologique, vous finissez par vous lasser. Vous finissez par vous lasser et vous faites demi-tour (surtout si vous avez un rendez-vous urgent (moi pas)).

Vous faites demi-tour et vous foncez dans l'autre sens. Vous foncez dans votre passé, votre enfance, cou-cou ce sont vos parents, vos grands-parents (attention aux bifurcations, ça devient vite difficile d'aller tout droit avec 2 parents, 4 grands-parents, 8 arrière-grands-parents, puis 16, 32...), mais vous foncez, sans vous arrêter pour prendre des auto-stoppeurs, Pascal, Galilée, Ptolémée, Parménide, Héraclite, vous foncez, et vous n'avez pas pensé à vérifier au passage si vos ancêtres sont bien tous bretons, savoyards, ou que sais-je ? cela va si vite, n'avez-vous pas aperçu ? des Francs, des Alamans, des Burgondes, des Romains, des Celtes, qu'est-ce que ça veut dire des Celtes ? pourquoi pas des Européens plutôt que des Serbes ? mais tout cela est déjà si loin, voici qu'éclatant le néolithique, vous n'êtes plus très sûr de vous, ça va tellement vite, un australo peut-être, vous foncez dans la soupe originelle, déjà ? quelle impatience, et voila que la lutte du domaine en extension vous semble plutôt simpliste, Big Bang, vous éclatez tout ça...

Voici un autre espace temps, lequel ? ou autre chose, mystère, vous foncez, vous passez d'un Univers à l'autre, et encore... et encore...

Vous voyez, l'infini, c'est simple comme bonjour. Il suffit de le dire.

Par la pensée, vous choisissez une direction d'espace ou de temps, d'espace temps, et vous marchez, vous courez, vous roulez, vous foncez, comme vous voulez, autant que vous voulez : il y a toujours quelque chose. Ces sacrées droites parallèles n'en finissent plus de se rejoindre à l'infini.

Bien sûr, vous n'allez pas le faire pour de vrai. En tout cas, sans moi.

Sacré Pascal. Farceur, va. Quand je pense à la trouille qu'il m'a foutu quand j'étais môme. Mais qui du prof ou de Pascal ? Avec ces espaces infinis, le grand et le petit, l'immense et le minuscule, le macro et le micro.

Le micro ne fait plus peur aux chanteurs. Ni aux enfants. Et vous, comment vous sentez-vous ?

Oui, vous, votre corps, quelque part vous allez bien trouver un coeur, une cellule. Dedans, par la pensée (la vôtre, pas les siennes), vous voyez une molécule, un atome, une particule minuscule. Eh bien, tenez-vous bien : cette particule est un Univers, oui oui, regardez bien... vous voyez ! des galaxies, des nébuleuses, un système solaire, une Terre, et quelqu'un, là, qui se gratte. Une puce peut-être. Et vous prenez votre microscope : un coeur, une cellule, une molécule...

À l'infini des Univers, identiques ou différents ? quelle importance ?

Mais vous avez fini de vous regarder le nombril (un peu plus haut, en fait). Vous levez la tête : le Soleil, la Galaxie, les étoiles, notre Univers, rassurant, mais regardez bien, vous croyez connaître. Erreur, cet Univers, le nôtre, n'est qu'une particule minuscule d'un autre Univers, un os de dinosaure par exemple, ou autre chose dans autre chose, des Univers emboîtés à l'infini.

Simple supposition.

Ça vous grattouille quelque part ?

Dans chacune de vos cellules, et peu importe la couleur, peu importe la musique, dans chaque petite chambre s'agitent une infinité d'Univers, tous pareils ou différents les uns des autres, quelle importance ? Alors si ça vous démange, ça vous grattouille ou ça vous chatouille, rien d'étonnant !

Simple supposition.

Peu importe d'ailleurs le paysage, l'infini c'est l'infini, ni début, ni fin, partout et toujours quelque chose, ça ou autre chose, quelque chose qui se transforme sans cesse, qui se structure, qui s'élabore, qui se percutent (au moins 2 choses), qui s'éclate la tête ou autre chose.

Qu'avez-vous besoin de Dieu ? pour quoi faire ? ça marche tout seul, vous voyez bien, partout, avant, après, pendant, tout le temps. Ça bouge, ça remue, ça hurle, ça crie, ça brille, ça reluit, à l'infini tout ça et autre chose encore. L'ombre, la lumière, l'obscurité. La pensée.

Quel sens, tout ça ? mais celui que vous voulez, tous les sens, par ici, par là, vers le passé, vers l'avenir, en haut, en bas, vers le dedans, vers le dehors, ça n'a pas de sens, un ou plusieurs, ça a tous les sens.

C'est comme vous voulez.

Vous.

La question du sens, c'est vous qui la posez. C'est vous qui répondez.

Comme vous voulez.

Rien ne vous y oblige.

Vous êtes là, sur Terre, momentanément, pour quelque temps encore, vous posez les questions que vous voulez, vous répondez si vous voulez, ce que vous voulez.

Pour le moment, vous êtes vivant.

Vous avez de la chance.

Après, c'est fini.

Simple supposition.

Pourquoi ? Comment ? Sans moi.

Soudain un Lapin Blanc aux yeux roses vint à passer auprès d'elle en courant.

Ah oui ! j'oubliais. Précision. Ma supposition (après, c'est fini) est totalement invérifiable. Pire qu'invérifiable : infalsifiable ! comment voulez-vous tester ? quel genre d'épreuve ? Je peux affirmer n'importe quelle idée qui me passe par la tête (où sont les idées qui ne sont pas dans la tête ?), je ne pourrai pas démontrer que c'est la vérité et personne ne pourra réfuter ma croyance : on pourra dire que c'est une connerie, on ne pourra pas établir que c'est faux.

Dieu, Allah, Bouddha ou autre chose : que pouvez-vous dire ? Que pouvez-vous contester ? au nom de quelle méthode critique sévère ?

Oh, mon Dieu ! Oh, mon Dieu ! Je vais être en retard.

Comme Vénus ou Jupiter, vous foncez dans l'espace, droit dans l'espace, à travers le système solaire. En fait, depuis Copernic vous savez que vous tournez en rond (c'est une ellipse autour du Soleil). Vous ne pouvez pas aller tout droit, ou croyant le faire, vous tournez en rond. Votre espace est courbe.

Cependant, vous pouvez vous échapper : vous foncez à travers la Galaxie dans un engin spatial. Malheureusement, là encore votre trajectoire n'est pas une droite et votre espace est courbe.

Cependant, par la pensée, vous pouvez tout à fait franchir la limite de ce nouvel espace. Vous n'arriverez peut-être jamais à naviguer vraiment tout droit, mais vous franchirez, par la pensée, de nouveaux espaces.

Ainsi vous voyez le monde :

Changeant et toujours identique à lui-même.

Fini et infini.

Limité et illimité.

Votre corps. Notre Univers.

L'enveloppe, le dedans et le dehors. Limite.

Trajectoire. Histoire.

Toujours, tout le temps, partout. Nulle part ?

Vous regardez par la fenêtre et que voyez-vous ?

La sphère immobile de Parménide. Le non-limité d'Anaximandre. Mouvement, changements et conflit des contraires d'Héraclite.

Amusant, non ?

suite