Voyage scolaire en Allemagne

Alfrèdo pianote distraitement Saint Bal, son ordinateur de rêve. Tiki-tiki-tiki-tac, il frappe sur les touches du clavier avec la dextérité de celui qui a l'habitude. Sa jambe gauche est allongée sur un tabouret. Sous le pantalon, le plâtre : très pratique pour faire de la bicyclette !

Alfrèdo dialogue avec Saint Bal : sur l'écran bleu de l'ordinateur s'affiche, ligne après ligne, le jeu des questions réponses. Une nouvelle question de Bal s'inscrit à l'écran :

> combien de pas jusqu'au tremplin ?

Alfrèdo a revu dans sa tête toute la course pour prendre son élan 1-2-3-4-5-6-7... il frappe :

* 8

Dans la foulée, l'ordinateur inscrit le commentaire suivant :

> c'est bon, Alfrèdo : saut facile, avec réception amortie par une légère flexion à 2,10 m du cheval.

Protestation immédiate d'Alfrèdo :

* Bal non, c'est pas bon : ambulance, hôpital, la tête comme une citrouille et une jambe dans le plâtre !

Après une hésitation de l'ordinateur, une nouvelle ligne s'affiche :

> tu peux me passer le CD-ROM de ton entraînement pour ta compétition ?
* OK, c'est parti.

Alfrèdo a glissé le CD dans le lecteur, distraitement. Il pense à autre chose, en fait. Ce qui le préoccupe, c'est le voyage scolaire en Allemagne. À cause de sa jambe, il est bloqué chez lui, à Mandallaz-les-Vaches. Meueueuh...

Comme dirait Mamadou : Ta-jambe-là, elle-est-gâ-tée !

Pendant qu'Alfrèdo essaye de trouver une solution pour partir quand même en Allemagne, Bal a remplacé la vidéo par une image de synthèse, représentant des objets qui trouvent petit à petit leur place : le cheval, les barres, le tremplin; jusqu'au moment où la représentation de la salle de gymnastique à l'écran se met à ressembler, de manière surprenante, à ce qui s'est passé l'autre jour. Un petit personnage prend son élan, saute et vient percuter les barres. Exactement comme ça ! se dit Alfrèdo, les yeux rivés sur l'écran.

Il appuie sur la touche Entrée et frappe :

* Que s'est-il passé au tremplin ?

Zoom de l'ordinateur sur le tremplin. L'image du tremplin s'agrandit : rien. Le diagnostic de Bal s'inscrit sur l'écran :

> problème au septième pas juste avant le tremplin.

L'image de synthèse a été remlacée par un plan du gymnase.

Le plan s'est effacé.

Alfrèdo se lève en s'appuyant sur les mains et se traîne jusqu'à la batterie. Il n'a pas besoin des béquilles pour cela. Il s'assoit, installe sa jambe, pas facile.

Puis, il commence à jouer, les yeux fixés dans le vague.

Il joue un petit morceau de batterie, tranquille, sans y penser.

Il joue c'est tout.

C'est tout ?

Que voit-il les yeux fixés dans le vague ? Il n'y a rien à voir devant lui : la fenêtre, le ciel, pas grand chose.

Que voit-il donc dans sa tête ?

À quoi pense-t-il ?

Tout à coup, Alfrèdo s'arrête de jouer, pose ses baguettes sur la grosse caisse et retourne à l'ordinateur, doucement, laborieusement.

Puis, il pianote un code d'accès et laisse le message suivant :

Alfrèdo Cortex
à Mélodie Tsong

Qu'y a-t-il dans le coin Ouest à l'entrée du gymnase ?

Il hésite, regarde par la fenêtre, puis fixe l'écran sans le voir : c'est beaucoup plus loin qu'il regarde.

Peut-être voit-il le beau visage de Mélodie.

Enfin, il ajoute :

Tu serais d'accord pour m'accompagner en Allemagne ?

Bon, il n'y croyait pas beaucoup : que Mélodie aille perfectionner son anglais en Allemagne, ça, jamais personne n'accepterait. Ni les profs, ni les parents de Mélodie.

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