Pirogue à moteur

- Tu vois què'que chose ?

- Non.

- Alors, on y va.

Nos 3 amis se faufilèrent silencieusement dehors, dans la ruelle de sable brun ombragée par des bougainvillées en fleurs. Seul un peu plus loin, un prisonnier, comme c'était la coutume à Gorée, était en train de balayer le sable de la ruelle, levant à chaque coup de balai fatigué un petit nuage de poussière.

Quand ils passèrent près du vieil homme, ils entendirent dans un murmure :

- Moi pas-là ! chuuut... vas-y tout-dloit, tlanquil'ment vè'la-mè'e : i'vous-chèlchent...

Mamadou mit sa main sur le bras d'Alfrèdo et dit doucement :

- Je l'connais le vieux-là, suivez-moi !

Il emmena aussitôt ses amis, en expliquant ce qu'ils avaient probablement déjà compris :

- Il a dit de faire comme si on ne l'avait pas vu, parce qu'il y a des types qui nous cherchent. Il faut descendre tout droit vers la mer.

Vas-y tout droit, ça veut simplement dire : suis bien le bon chemin. Mais le chemin-là, en général il tourne à droite, à gauche et il y a plein de croisements où il ne faut pas se tromper. Bref, Dieu est grand ! débrouille-toi...

Et Mamadou s'était bien débrouillé, bien sûr : dans les plus brefs délais.

Dans la pirogue à moteur qui filait à présent en direction du Nord-Est, soulevant l'écume de mer, Mamadou eut tout le temps d'expliquer à ses 2 amis le triste sort du vieux bagnard, qui avait été emprisonné, à tort, à l'âge de 36 ans, pour un vol qu'il n'avait pas commis.

Le jeune garçon qui conduisait la pirogue était un pêcheur Lébou. Il avait l'habitude de livrer du poisson frais à l'Auberge du Chevalier de Boufflers, où il travaillait également pour aider en cuisine jusque vers 10 h.

Heureusement pour les 3 amis, ce jour-là il n'avait été libéré qu'à 1 h de l'après-midi. Et, puisque sa famille habitait Grand Mbao, à côté de Rufisque, "on se dirigeait tout droit vers le Cap des Biches !"

En effet, Dakar disparaissait derrière eux dans la brume de mer et l'humidité du jour.

la carte du Cap Vert.

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