Lagos Nigéria
Alfrèdo consulta à nouveau Balou :

Puis, Alfrèdo fit quelques manipulations pour mettre Balou en phase opératoire de calculs synthétiques et analogiques. Son ordinateur de poche n'avait pas la puissance de Saint Bal, qui faisait des merveilles dans ce domaine, mais Balou s'en sortait plutôt bien malgré ses handicaps. Cartes et commentaires commencèrent bientôt à défiler sur l'écran.

Facile ! De Lagos on allait rejoindre le Niger, juste au Nord. Ce que Balou n'arrivait pas à préciser c'était où et dans quel but ?
Irait-on à Niamey par le fleuve ? À coup sûr un trafic d'orfèvrerie au grand marché ou un vol d'oeuvres d'art africain au musée ethnographique !
Poursuivrait-on jusqu'à Gao, peut-être même Tombouctou, au Nord-Ouest ? il suffisait de remonter le Niger en pirogue à moteur. Quel mauvais coup se cachait là ? des actions terroristes, peut-être, en relation avec les peuples nomades, sonrhaïs ou touaregs.
Ou bien irait-on à Agadez par Kano et Zinder ? puis dans L'Aïr... trafic d'uranium !
Tout cela semblait bien nébuleux, enfin bref, on n'y comprenait rien, pour tout dire.
Et il fallait prévenir. Mais qui ? Comment ? Alfrèdo avait bien envoyé un message, lorsqu'ils s'étaient dirigés vers la porte C pour embarquement immédiat. En effet, les 2 ordinateurs, Balou et Saint Bal, étaient chaleureusement reliés par micro-ondes. Mais qui consulterait ce message ? à supposer que Saint Bal l'ait reçu depuis Genève ! puisqu'il n'y avait personne à la maison.
Alfrèdo releva la tête et demanda à Mélodie :
- Tu te débrouilles bien en anglais, toi ?
- So so, un peu, quoi. Mais à Lagos faudra que j'm'habitue à l'accent africain, 'suppose so !
- O-Kèèy !...
Mélodie et Alfrèdo se regardèrent les yeux dans les yeux d'un air très sérieux, trop sérieux même, l'espace de quelques instants; puis, d'un coup, ils partirent dans un fou-rire interminable. Mélodie en avait mal au ventre et Alfrèdo n'y voyait plus rien tellement il avait les larmes aux yeux.
Il finit par dire :
- C'est dingue ce truc, l'Afrique; tu y crois, toi, à l'Afrique ?
- Les lions, les éléphants, les rhinoféroces et les crocodiles, plaisanta Mélodie en singeant les animaux de la voix et en taquinant Alfrèdo avec sa main droite.
- Le tam-tam, la musique zaïroise... tu danses la biguine avec moi ? Beauté Nègre du Fleuve, répondit-il en tapotant en rythme, avec sa main gauche, sur les cuisses de Mélodie.
- Oh oui... mon Prince Noir Guerrier-de-la-Forêt !
Et les voilà pris tous deux dans un nouveau fou-rire, qu'ils ne peuvent plus arrêter. Les voisins les regardent d'un air amusé et commencent à rire aussi.
- Ni-géria, Ni-géria... chantonne Mélodie, façon Mamadou, en remuant le derrière sur son siège.
Et hop ! c'est reparti pour une nouvelle crise de rires; des rires un peu nerveux, il faut bien le dire.
Soudain les haut-parleurs de bord se mirent à grésiller et l'on entendit la voix claire et feutrée de l'hôtesse :
- Mesdames et messieurs, nous entamons notre descente sur Dakar.
Les deux ensemble :
- Dakar ? ? ?
Complètement interloqués, Alfrèdo et Mélodie, manquant de justesse de se cogner le front, se regardent avec des yeux ahuris, pendant que la voix spatiale continue sur un ton de rêve :
- Il est actuellement 17 h 45 et nous atterrissons dans 10 mn. Température au sol : 28 degrés. Vous êtes priés d'attacher vos ceintures. Ladies and...
- 17 h 45 ?... T'as quelle heure, Mélodie ?
- 18 h 46 et toi ?
- 18 h 44. Ça alors... on avance d'une heure !
Alfrèdo plonge aussitôt sur Balou et consulte à nouveau les horaires :

- Incroyable ! s'exclame Alfrèdo, 2 vols pour l'Afrique à 5 mn d'écart, et même porte d'embarquement, en plus... T'as entendu l'appel des voyageurs pour Dakar, toi ?
- Non. On pensait tellement au Niger et à Lagos...