Salam malikoum Dakar

Ensuite, tout s'est déroulé comme dans un rêve.

Arrivée à l'aéroport de Dakar Yoff.

Formalités interminables.

"Une chaleur pas possible, avec nos gros pulls on dégoulinait. Les douaniers, les policiers, les gens à l'aéroport tout le monde était noir. Ben oui !... On est montés dans un taxi et on a pris l'autoroute. C'était tout plat. Y avait des bidonvilles tout le long".

Droit devant, plein Sud, les grands immeubles de Dakar se détachaient au loin dans la lumière orangée du soleil, qui commençait à disparaître au-delà de la ville et de l'océan invisible, sur la droite.

"On est arrivés au centre et juste quand on descendait du taxi, devant l'hôtel Téranga..."

- Salam malikoum ! (la paix soit avec toi)

- Malik... Vite Mélodie, fonce.

Les portes claquent, Alfrèdo clopine pendant que Mélodie emporte les sacs à dos; surprise totale "et nous voilà dans un autre taxi, avec vous savez qui ?... Mamadou !"

- Malikoum salam (avec toi, la paix), répond Alfrèdo en frappant dans la main de Mamadou.

- Nanga dèf (comment ça va) ? demande la voix inconnue du chauffeur qui se met à dialoguer avec Alfrèdo.

- Nounga fa (ça va bien).

- Anassa wa keur (comment va la maison) ?

- Nounga fa.

- Diama rèck (la paix seulement).

- Diam an' diam (la paix, la paix).

- Toi mon-vieux, tu-es un-vlai-Sénégalais, déclare l'oncle de Mamadou avec une grande admiration.

- Et une vraie Sénégalaise, ajoute Mélodie : dafal nanou téranga ! (il nous a bien accueillis).

Hurlements et rires dans la voiture.

On se frappe dans les mains.

Une grande victoire, assurément.

Et voilà comment Alfrèdo et Mélodie échappent enfin aux ravisseurs, sous le tropique du Cancer, au bord de l'océan Atlantique, par environ 15 degrés de latitude Nord (merci Balou), grâce à Mamadou.

Ils filent à toute allure, phares allumés, en direction de la nuit africaine, en direction de l'Est et de Rufisque, situé à 28 km de Dakar.

Largement le temps de raconter leur aventure depuis Genève à Mamadou, qui est en vacances chez oncle Taxi à l'occasion de la Tabaski.

> Tabaski : fête musulmane Aïd-El-Kébir, grande fête du mouton (on lui coupe le cou en souvenir du sacrifice d'Abraham). Hé oui, jusqu'à Jésus, c'est la même histoire pour les juifs, les chrétiens et les musulmans.

Mais revenons à nos moutons : deux Français, mineurs, échappent à un kidnapping et sont recueillis à Dakar par un Sénégalais, alors qu'ils sont attendus à Bayreuth en Allemagne.

- Il-vaudlait-mieux aller-dilect au-consulat-de-Flance, déclare oncle Taxi.

- Surtout, si on nous cherche à Lagos.

- Mais demain, c'est la Tabaski. Vous allez devenir quoi ? enfermés tous les deux au consulat de France, s'inquiète Mamadou.

- Après tout, c'est notre fête à nous aussi, confirme Alfrèdo.

- J'adore le mouton, ajoute Mélodie.

- Ah toi-dis-donc, tu-es une-vlaie-Sénégalaise !

Il était déjà 8 h du soir. Il faisait nuit depuis Dakar. 9 h, heure française, Alfrèdo et Mélodie avaient une faim de hyène. En arrivant à Rufisque, oncle Taxi s'arrêta devant la boutique bleue et verte, éclairée de lumières fluo, d'un Libanais et acheta des chawarmas avec des bouteilles de Fanta et de Seven-up.

Un empilement de tranches de viande et de graisse de mouton, fixé sur une broche verticale, grillait en tournant devant une rôtissoire électrique. Le Libanais découpa, avec un grand couteau, des lanières de viande parfumée qu'il répartit sur des galettes rondes de pain arabe, de la taille d'une assiette. Il ajouta des morceaux de tomates et d'oignons, du persil haché, un peu de sel et d'épices. Il arrosa le tout d'une sauce fluide et blanche, la fameuse sauce taratour préparée avec de l'huile de sésame (tahiné). Ensuite, il roula chacun des chawarmas dans une feuille de papier, dont il rabattit un côté afin qu'il soit possible de le manger proprement à la main.

La famille de Mamadou n'habitait pas une case dans un village de la brousse. Elle logeait dans un appartement au-dessus de la Loterie Nationale de Mr Sy, tailleur.

"On a essayé d'appeler la France, mais ça répondait pas".

Ça ne répondait pas chez Mélodie.

Alfrèdo savait qu'il n'y aurait personne chez lui.

Et pas question, évidemment, d'affoler les grands-parents.

La soirée passa très vite, pour Alfrèdo et Mélodie qui, à bout de forces, s'endormirent sur le canapé, au beau milieu de la conversation.

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