Les oiseaux
Pour bien profiter des musiques, utilisez un casque.

Je naviguais en pirogue sur une rivière bordée de chaque côté par la forêt impénétrable. En Amazonie, peut-être. On entendait des bruits et des cris en provenance de la forêt. On aurait dit des chants d'oiseaux. Mais je pensais que c'était impossible, puisque les oiseaux avaient disparu.
Plus loin je me sentis complètement perdu. La rivière était de plus en plus étroite. Des insectes volaient autour de moi et j'étais piqué par des moustiques. C'est drôle parce que jusqu'à présent je n'avais ni vu, ni entendu d'insectes.
Cependant, j'entendais très nettement des chants d'oiseaux au milieu des bruits d'eau, des clapotis, des cris de bêtes aquatiques.
- Coucou, moustique, qu'est-ce que tu fais là ?
Je levais la tête.

Oh ! des toucans, me dis-je. J'étais drôlement content, ça me faisait rire.
- Alors, tu as fini par nous trouver, moustique.
Je tournais la tête vers un magnifique araçari noir et rouge. Le toucan ajouta :

- Alors les enfants, on est content ?
- Oui... crièrent les enfants.

Incroyable ! Des enfants m'avaient suivi pendant tout mon voyage à la recherche des oiseaux disparus. Ah, les coquins.
C'est alors que je vis d'autres oiseaux.

- Bonne arrivée, moustique.

- Tu vois, ce n'était pas bien difficile.
- Arrêtez de vous moquer, les oies, vous ne connaissez pas mes aventures en pays de magie. Vous faites les malines, mais vous ne savez rien.
- Gue gue gue, qu'est-ce que tu racontes ?
- Coin coin, salut moustique, comment ça va ?

Là, c'en était trop. J'ai préféré rire et sourire et faire la grimace et sauter en l'air et agiter les bras façon hip-hop. J'ai fait le carnaval à moi tout seul.

- Mais qu'est-ce que tu fais ? Dis donc, moustique, ça va pas la tête ?
- Avec ta voix de père hoquet, tu ferais mieux de te taire, lui répondis-je en lui tirant la langue.
- Bon, ça va. Pas la peine de s'énerver, coco. On rigole.
C'était bien mon avis.
Pourtant, en me demandant comment j'allais rentrer chez moi, je n'avais plus du tout envie de rire et de danser. Et je me disais :
Rentrer chez moi et prendre une bonne douche.
Rentrer chez moi et mettre des habits secs et propres.
Rentrer chez moi et manger un bon repas.
- Ouiii, de bons gâteaux, dirent les enfants, comme s'ils m'avaient entendu, alors que je n'avais pas prononcé un seul mot.
Rentrer chez moi et dormir dans un lit bien chaud.
Tous les oiseaux me regardaient comme si j'avais parlé tout haut et qu'ils avaient tout compris.
Et ils éclatèrent de rire tous ensemble. Ils riaient comme des fous qui ne peuvent plus s'arrêter de rire.
Du coup je me suis mis à rire, moi aussi. À tel point que les larmes me vinrent aux yeux.
Et de manière absurde je me dis : c'est quand même bien, les oiseaux. Et les poissons. Les lamantins, et les dauphins, et les marsouins, et les requins, et les bouquetins, et les lapins, sans oublier les lamas, les buffles, les dragons, les éléphants, les oies et quoi ? j'en oublie ? beaucoup ?...
- Ouiiii, avaient répondu les enfants.
Et avec eux, je ne pouvais plus m'arrêter. Je continuais mon inventaire de la faune de la planète, avec aussi les abeilles et les bourdons, les papillons, comme si un jour tout devait disparaître à jamais.