Le mystère du Labyrinthe

Un peu plus tard dans l'après-midi de cette journée extraordinaire, Kévin était assis au pied de son lit. Il examinait l'album de Karine sur l'explosion du Vésuve à Pompéi en l'an 79. En feuilletant l'album, Kévin s'était rendu compte qu'il y avait des trucs qui ne collaient pas. Des explications qui ne correspondaient pas du tout à la réalité.

La réalité.

La réalité, bien sûr, c'était ce qu'il avait vécu.

Excusez-moi ! mais qu'est-ce qu'ils peuvent savoir les archéologues, les historiens ? Ils y étaient, eux, à Pompéi, lorsque le Vésuve s'est réveillé ? Lorsque le Vésuve a explosé comme un malade.

Non ?

Alors ...

Maintenant, il étudiait le plan.

Le plan de Pompéi : détail

Le plan des archéologues, avec les noms qu'ils avaient donnés : la rue des squelettes, par exemple. Sûrement pas le nom que la rue avait à l'époque. Il reconnut sa maison à Pompéi, la maison de Marcus Lucrétius, rue de l'Abondance. La maison du Cryptoportique. Plutôt bizarre comme nom ! Il n'y avait pas de crypte, dans cette maison, juste une galerie en bas. À côté des bains en panne.

La galerie.

La galerie dans laquelle Souvlakis et Moussakas avaient été enfermés avec les autres habitants du Labyrinthe.

Un peu plus loin, il y avait la taverne d'Asellina. Qu'est-ce que j'ai fait du panier de raisins ? Les raisins d'Olympiacos. Il trouva également la boulangerie. Là où ils s'étaient réfugiés, Alexandra et lui.

Alexandra.

Dans sa tête, il entendit le son de sa voix chantante, mêlée aux bavardages des femmes assemblées autour de la fontaine : Tu m'offres un raisin ?

Alexandra.

Il repensa au joli fantôme, dans la nuit de la cuisine, qui lui avait demandé : Kévinagoras... tu as fini ? Ma maîtresse est hyper pressée ce matin. Il avait préparé un plat de concombres à la menthe et au garum en oubliant le poivre.

Kévin sortit de ses pensées et regarda à nouveau le plan.

Dans l'autre sens, la rue de l'Abondance conduisait au forum. Un peu avant le forum, en prenant la rue de Stabiès vers le sud, on allait au temple d'Isis.

Il était au temple d'Isis quand le jour s'était levé sur Pompéi. C'est là que le prêtre d'Isis l'avait accusé de vol d'objets sacrés. Alors que c'était lui le voleur !

Le plan de la ville de Pompéi

Kévin étudia le plan : après le temple d'Isis, le Grand Théâtre, puis la caserne des gladiateurs. La porte de Stabiès toute proche devait être effondrée. Voilà pourquoi ils essayaient de fuir par la porte du Sarno. Il balaya du regard la rue de l'Abondance, d'ouest en est, du forum jusqu'à l'amphithéâtre et la porte du Sarno. Combien de gens, fuyant par la porte du Sarno, avaient pu sauver leur vie ?

L'amphithéâtre, c'était là où s'affrontaient les gladiateurs. Là où les bestiarii chassaient les animaux sauvages, sangliers, lions, tigres... et ils les tuaient, sauf s'ils se faisaient bouffer par le lion.

De l'autre côté, en remontant le forum, à droite du temple de Jupiter, Kévin trouva le marché. Et plus au nord, les bains publics du forum. Et puis, la foulonnerie de Lucius Véranius Hypsaéus. Beurk ! Et là (il mit le doigt sur le plan), les bains centraux.

Mais, il y avait un truc bizarre, cependant. La maison du Labyrinthe se trouvait au nord-ouest de la ville, du côté de la porte du Vésuve. Pas très loin des bains centraux, justement. C'est comme ça qu'il venait de la repérer sur le plan. Mais ça, il en était sûr et certain : il n'avait jamais mis les pieds dans cette maison indiquée sur le plan. Ni dans ce quartier.

- Je peux entrer ?

- Oui, bien sûr.

Karine s'approcha et demanda :

- Qu'est-ce tu fais avec mon album ?

- Tu vois, Karine, ça, c'est ma maison à Pompéi. C'est là que je suis allé.

Kévin indiquait la maison du Cryptoportique sur le plan.

- Quand ça ?

- Tout à l'heure. Avant de remonter de la cave.

- C'est pas vrai ! menteur !

- Si tu veux, je t'emmène à Pompéi. Tu verras !

Évidemment c'était un peu prétentieux. Mais Karine était tout de même inquiète, d'un seul coup. Et Kévin venait de comprendre en un instant ce qui avait dû se passer. Il récita en hésitant :

Maniguette.

Rien.

Perpète.

Rien.

Gingembre.

Toujours rien. Mais comme Kévin hésitait à dire la fin, Karine sortit en courant de la chambre.

Va te faire pendre.

Rien.

Il était toujours là, dans la Maison Bleue.

Karine pointa son nez et rentra dans la chambre.

Il récita toute la comptine sans s'arrêter.

Maniguette, Perpète, Gingembre, Va te faire pendre !

Rien.

- T'es pas cap' de le dire dans la cuisine !

- Mince alors, Karine, comment tu as fait pour savoir ?

Kévin n'en revenait pas. Elle avait tout compris. Mais oui : la phrase magique l'avait fait passer d'une cuisine à l'autre, de la cuisine de la Maison Bleue à celle de la maison de Marcus Lucrétius. C'était parfaitement clair à présent.

Il fallait juste prononcer la comptine magique dans la cuisine...

Mais ça non !

Rien que d'y penser, il en avait la chair de poule.

Prolongations