Introduction

Aquarelle de Janine Bouchut : jardin en Provence

Entend l'oiseau de pluie

Qui chante en ton jourdil

 

Jourdil signifie jardin. Ici, en 30 poèmes, ce sera autant le jardin de la maison que le jardin intérieur, ce qu'on garde en soi de l'autour de soi, alors que passe la vie.

Une biche est venue au jardin cette nuit

Puis elle est repartie sans faire le moindre bruit

 

Janine Bouchut (1920-2008) était passionnée par la nature, cherchant à capter un moment, une ambiance, l'âme d'un instant fugitif. Ses poèmes témoignent d'une profonde adhésion au monde, d'un émerveillement, d'une aspiration au bonheur qui déborde et vous porte vers l'infini.

Neige d'avril

Dans le pré, la primevère

Éclate de rire.

 

Ou encore :

Sous l'arbre, un berceau

Sur la branche fleurie

Un oiseau qui chante.

 

Fine observatrice de la nature, ses poèmes sont parsemés de précisions botaniques, ornithologiques ou géologiques. En tout lieu, la nature autour d'elle est d'abord son jardin.

On a coupé mon arbre, mon arbre que j'aimais,

C'est un ami qui meurt et me quitte à jamais.

 

Et encore :

Où es-tu mon beau ciel

 

Et ceci, plein d'humour enfantin :

Adieu cerises vermeilles

Adieu mes beaux pendants d'oreilles !

 

Parfois Janine se désole :

Les étourneaux sont arrivés

[...]

Ils ont mangé framboises et mûres

Adieu mes belles confitures !

 

Mais la nature est souvent le lieu du rêve, des états d'âme, de l'empathie.

La nuit silencieuse voilée comme une parque

S’avance les pieds nus dans la rosée du soir.

Et le lac frissonne dans un rêve de brume.

 

Et puis vient la vieillesse et ses souffrances, mises en poésie :

Rongé de regrets et d'ennui,

Le vieux buffet au goût de cire

A gémi dans la nuit

Ainsi qu'un vieux navire.

 

La nature est encore un refuge lors des heures graves du deuil et de la solitude.

Nous voici face au lac frémissant sous la brise

Entre les roseaux gris où la lumière s'enlise.

 

Ou encore :

L'aube apparaît et puis s'évanouit

Emportant avec elle les ombres de la nuit.

 

Et ceci :

Quand je ne serai plus qu'un peu d'ombre et poussière

Et quand viendra le soir dans le jardin désert

Fidèle à mes bonheurs

Je reviendrai errer

Dans les allées ombreuses

Où s'endorment mes fleurs

Qui se ferment frileuses

Quand descend la rosée

 

Vers la fin de sa vie, je l’ai aidée à chercher des éditeurs pour une publication papier de quelques textes. En vain.

À son grand regret et celui de ses enseignants, Janine Bouchut a quitté l’école en fin de 3e. Elle a gardé de cette frustration une grande curiosité et une soif de connaissance tout au long de sa vie. Arrivée à sa retraite de libraire, Janine s'est mise à peindre et à écrire des poèmes et des nouvelles. Ce sont des cartons de textes qu’elle a légués, en souvenir, à ses enfants et petits-enfants.

Janine a été membre sociétaire de la SPAF (Société des Poètes et Artistes de France). Elle a obtenu :

Janine a été publiée dans la revue Art et Poésie, Florilège des meilleurs recueils du concours Bugey Savoie Alpes Dauphiné 2000, pour son recueil Dans les pas du soir : À la lisière des mots, Le rire d'Érika, Un matin souriant.

En 2013, j’ai publié en livre numérique sa nouvelle Brunon, le dernier ours des Bauges, accompagné d'un texte dont je suis l’auteur.

Lectrice, lecteur, bienvenue dans ce jardin, le jourdil de Janine.

Jacques Bouchut

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