Chaleur d'été

Les lavandes, aquarelle de Janine Bouchut
Trois heures
Il fait chaud, il fait chaud
Thermidor a bien garni son four.
Dans l'ombre du griottier,
Je paresse, un livre abandonné sur les genoux
Butinant quelques vers
Aux lisières du rêve...
Tout à coup, inespérée
Une brise légère court sur les feuillages
Un frisson d'air
À peine si l'on sent sa caresse sur le visage
À mes pieds pourtant
La campanule irradiée de lumière
Fait grelotter ses clochettes d'azur.
Surpris, un gros bourdon des pierres
Habillé, d'ambre et de lumière de velours
Qui butinait cœur après cœur
S'envole lourdement tout chargé de pollen
Réveillant la chatte grise
Endormie sous le genévrier.
Noisette s'étire voluptueusement
Ouvre un œil d'or
Puis le referme... et se rendort
Par la chaleur découragée.
Une chaleur digne pourtant
De sa lointaine Abyssinie.
Campagnols et musaraignes
Peuvent danser dans le jardin
Et faire la nique au chat
En grignotant de-ci de-là
Il fait chaud
Et la paresse est reine.
Sévrier - Juillet 1988