Le vieux buffet

Le vieux buffet au goût de cire

Qu'ont tant lustré mères et filles

A gémi dans la nuit

Ainsi qu'un vieux navire.

Peut-être a-t-il pleuré d'ennui

Dans sa prison sans grilles ?

 

A-t-il versé un pleur en se ressouvenant

De sa belle ramure qui chantait dans le vent ?

Bel arbre chargé d'oiseaux, il écoutait leurs trilles

Est-ce le dernier cri de notre buffet de famille ?

 

N'a-t-il pas connu en ces deux fois cent ans

Les amours, les baisers et les beaux mariages

Les repas, les goûters, les rires des enfants,

Les fêtes et les deuils et puis les héritages ?

 

Il sait bien des secrets et aussi se souvient

De la verte colline où parmi tous les siens

Grand noyer libre et fier parmi tous les plus beaux

Il croyait au bonheur avec ses oiseaux.

 

Rongé de regrets et d'ennui,

Le vieux buffet au goût de cire

A gémi dans la nuit

Ainsi qu'un vieux navire.

 

Et je crois bien qu'il a pleuré.

* L'avant-dernière strophe a été difficile à transcrire, car raturée.

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