Oubli définitif

Par Jicook le lundi 2 août 2010

Allo la Terre, ici Jicook en direct de l'exoplanète Skp-iiMX.

A présent, je m'en vais. Je quitte ce monde avec beaucoup d'émotion : je ne sais pas par quelle étrange illusion je suis arrivé là, dans mon Jardin de pierres. Je ne sais pas comment j'en repars à présent. Voici ma dernière photo de Skop, alors que je m'éloigne.

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Allo la Terre, je m'éloigne à présent, pour une destination inconnue.

Qu'est-elle devenue, ma belle inconnue ? Je l'ai cherchée, vous savez, mais rien à faire, c'est comme ma planète Skop : apparue disparue. Jicook et Jokico, c'était pas mal, vous ne trouvez pas ? Comme un écho. J'aimais bien sa voix quand elle disait... elle disait quoi ? je ne me rappelle plus. Tu causes, tu causes et c'est moi qui repasse. Non ce n'est pas la question. Comment c'était déjà ? Ah oui ! Question baratin, tu repasseras mon gros lapin. Et voilà, la vie passe avec le temps et qu'est-ce qui reste au bout du compte ? une voix angélique qui vous dit un truc d'enfer : Question baratin, tu repasseras mon gros lapin.

Baratin moi ? Ah j'aurais bien voulu. Mais comme j'ai passé ma vie ailleurs, ailleurs que sur Terre, je ne risquais pas de faire rêver les filles. Ici sur Skop, dans mon île déserte, j'ai observé le néant, je regardais les cailloux, les pierres du jardin de pierres. Et je médite : chaque fragment est-il le témoignage dérisoire d'un ensemble plus vaste ou au contraire un condensé de signification ? La réponse se trouverait-elle sur Terre ? Tout coule. Et moi avec.

Et si Skp, je veux dire Skop, si ce Jardin de pierres n'existait que dans ma tête. Et si c'était la Terre qui existait et pas ma planète ? Alors je serais où ? et vous ? C'est quoi la différence entre une idée et la réalité ?

Allo la Terre, ici Jicook reparti de l'exoplanète Skp-iiMX.

Il n'y aura donc jamais personne dans ce monde, ici, là, ailleurs ? Que des cailloux ? Juste des impressions colorées, seulement des voix d'ange dans un silence de mort ? Tout de même, j'ai l'impression bizarre d'avoir oublié quelqu'un.

Jokico

Tu m'as oubliée moi, pauvre pomme !

Voilà, c'est fini. Tout est allé si vite. Et en même temps, c'est dur à vivre, tu sais, cette maladie. Un jour, tu as foutu le camp sur ta planète, j'ai joué le jeu, je t'ai accompagné à ma façon, et maintenant, plus personne, débrouille-toi toute seule Jokico.

Et ces cailloux : Patrimoine familial, culte des reliques ? Continuer ce jardin de pierres, le modifier encore et encore ? Tout démolir pour construire autre chose à la place ? Pfffououou ... Je suis morte ! (Bon, Jokico, courage, pleure un bon coup et passe à autre chose).

Tout de même, ce jardin. Les heures passées à jouer avec ces cailloux. Toutes ces heures ailleurs, dans ton monde intérieur. Ici, juste à côté dans le jardin, toutes ces fleurs, odeur de thym, romarin, lavande, frémissements de lézard vert dans les broussailles, couleuvre à collier dans le bassin, aeschne bleue sur la mare aux nénuphars. Pois gourmands éphémères, premiers haricots verts, tomates tardives, figues, prunes sauvages, noix. Mais toi, tu disais : La rivière, eau tumultueuse, bondissante de l'enfance. Eau puissante du fleuve vers la mer et ses îles, toutes semblables, toutes différentes, comme ces chemins multiples que tracent les adultes. Eau calme, eau morte, eau sombre du lac sous la montagne, sagesse accumulée, vieillesse, maladie, mort. Ainsi tu lisais ton Jardin de pierres.

Alors, qu'est-ce que je vais faire ? Je ne sais pas quoi faire.

Les crapauds accoucheurs rythment la nuit d'été de leurs pious plaintifs qui se répondent sur plusieurs tons.

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