Têtards
La mare s'assécha en 3 jours.
Ce matin-là, rétrospectivement au premier jour de l'assèchement de la mare, Majee était accroupie devant la dernière flaque d'eau. Elle observait la masse grouillante de têtards noirs, qui se débattaient frénétiquement pour leur survie. De la mare, il ne restait plus que ce dernier refuge liquide, vaguement circulaire, d'à peine un mètre de diamètre. Tout le reste n'était plus qu'une étendue grise et boueuse.
Majee calculait-elle le volume d'eau disponible ? Pi-dé2-sur-4 multiplié par la hauteur moyenne, 1 centimètre ? 2 ? 3 maxi. Peut-être méditait-elle sur la fragilité de la vie. Ou bien se contentait-elle d'observer la masse grouillante des têtards noirs. Les bestioles s'agitaient en tous sens en remuant frénétiquement leur queue pointue. Effilée, vus par-dessus. Deux taches jaune clair, marquant les yeux. Pauvres petits spermatozoïdes égarés en un lieu vide de tout refuge. Piégés dans une quête absurde et dérisoire.
Majee se redressa et partit d'un pas résolu. Elle disparut vers la maison et revint bientôt avec un seau en plastique blanc dans une main et une passoire métallique dans l'autre. Elle posa le seau sur le bord de la mare et resta un moment penchée en avant, au-dessus de la flaque aux têtards, la passoire à la main.
Puis, elle commença à transférer une partie des bestioles de l'eau boueuse à l'eau claire du seau.
Un moment plus tard, elle versait le contenu du seau dans le bassin de pierre, à l'angle de la maison. Les têtards noirs se dispersèrent aussitôt parmi les têtards verts du bassin, brusquement dérangés. Des têtards verts habituellement cachés dans la mousse.