Mesures

Majee allait et venait autour d'une surface poussiéreuse, quadrillée de fentes encore humides. Le cadavre de la mare évoquait les bas-fonds africains, sous les Tropiques, pendant la saison sèche. Cependant, Majee ne devait probablement pas se souvenir de marigots sénégalais, maliens ou burkinabés, bien trop occupée à planter, ici ou là autour de la mare, des piquets de 40 ou 50 centimètres selon une règle connue d'elle seule. Mais peut-être ne suivait-elle aucune méthode particulière, ayant seulement le désir de dessiner, avec ses piquets, les formes géométriques simples qui lui venaient à l'esprit.

À plusieurs reprises, elle observa l'ensemble des repères depuis le peuplier situé de l'autre côté du chemin à 2 ou 3 mètres de la mare asséchée. Puis, elle modifia la position de tel ou tel piquet. Lorsqu'elle fut satisfaite de sa série de triangles virtuels, elle commença à mesurer des distances à l'aide d'un décamètre d'arpenteur, dont elle avait accroché l'extrémité libre à une ficelle fixée autour du tronc du peuplier (un crochet en S reliait l'anneau du ruban à la ficelle). Et elle notait le résultat au fur et à mesure sur un croquis, qu'elle avait fixé par le bord gauche de la feuille sur un sous-main en plastique noir.

Glissant l'anneau du décamètre dans tel ou tel piquet, elle mesura également quelques distances en travers de la mare asséchée et compléta son croquis.

Majee partit en direction de la maison et revint quelques instants plus tard avec une règle d'environ 2 mètres de long, quelques planchettes de 20 à 30 centimètres de long et un niveau. Elle retourna chercher des cagettes qu'elle empila dans la partie centrale, la plus profonde de la mare. Elle posa une extrémité de la règle sur cette pile et l'autre extrémité sur la pierre plate qui servirait de déversoir, à la sortie de la mare. Elle posa le niveau au milieu de la règle qui s'incurvait en une flèche de quelques centimètres. Puis, elle fit son niveau en ajoutant quelques planchettes sous la règle. Ensuite, elle vérifia le niveau en pivotant la règle sur la tranche, pour éviter la flèche.

À partir de son repère central, elle reporta le niveau tout autour de la mare et fut surprise de constater que le talus du côté du chemin était un peu limite, alors qu'un peu plus loin, vers les kerrias, il était largement trop haut.

Ainsi l'eau risquait de filer sur le chemin au moment des pluies d'automne ou de printemps.

Majee passa sur le chemin, s'accroupit pour voir l'alignement du talus par rapport au déversoir. Elle prit du recul vers le peuplier, passa de l'autre côté. Par une curieuse illusion d'optique, on avait l'impression au contraire que le talus remontait des kerrias au déversoir.

Majee vérifia si son niveau de référence n'avait pas bougé.

Rien à faire, il faudrait remonter le talus d'une dizaine de centimètres.

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