Mise en eau

Au cours des premiers jours d'août, le chantier s'était stabilisé entre les cotonéasters et le chemin. La nouvelle mare en forme de poire n'était encore qu'un trou poussiéreux. À l'extérieur, une sorte de dallage de cailloux s'étalait sur le côté accessible de la mare, depuis le sureau noir jusqu'au chemin; des pierres plates d'environ 30 par 30 et d'autres plus petites et plus épaisses. Au-delà des pierres plus ou moins rangées par catégorie, la terre pelletée de la mare asséchée, puis tamisée, formait un tas en longueur.

Majee avait acheté 5 mètres 50 d'une bâche en PVC, en 6 mètres de large et 500 microns d'épaisseur (33 mètres carrés à 22 francs, la caissière de Botanic avait facturé 726 F que Majee régla par carte bancaire).

Une fois le plastique lourd et souple déroulé sur les formes arrondies de la mare, la surface poussiéreuse avait disparu, remplacée par une tache sombre.

Majee se déchaussa et marcha avec précautions sur la bâche. Elle en découpa le pourtour de façon à border le talus, sauf du côté de la cascade et jusqu'au déversoir, où la bâche remontait contre le bord escarpé. Pas moyen de faire autrement.

Majee vérifia que la bâche était bien en place, puis, installée dans la partie la plus profonde de la mare, elle commença à recouvrir le plastique de terre tamisée. Les premiers seaux qu'elle transporta couvrirent le fond de quelques centimètres, puis la terre remonta petit à petit le long des parois.

Majee enjamba la partie pentue recouverte de terre et remonta le long du plastique. Elle hésita, prit une pierre, la fit tourner dans ses doigts, la reposa, en prit une autre, redescendit et la disposa délicatement sur la terre. Puis, elle retourna chercher une autre pierre qu'elle plaça au même niveau que la première. Elle continua jusqu'à former une couronne de pierres sur la terre tamisée; une fois posé le dernier, les cailloux s'autobloquaient par leur propre poids, à la façon de la clé d'une voûte romane.

Majee recommença à verser des seaux de terre et le niveau continua de monter.

Elle passa ensuite dans le premier bassin, puis termina ce délicat travail avec le troisième bassin.

Une fois le plastique entièrement recouvert d'une terre brune, un cercle de pierres séparait les 3 bassins, vers le bas. À mi-pente, une ligne de cailloux faisait le tour de la mare. Tout le long de la partie escarpée à droite de la cascade, de grandes pierres plates bloquaient la terre qui recouvrait le sommet du PVC. Les derniers mètres avant le déversoir, en pente douce, étaient simplement recouverts de terre. En attendant que le talus soit stabilisé par la végétation, des pierres plates fixaient provisoirement le sommet de la bâche ensevelie.

Majee admira son oeuvre un moment. La mare avait complètement changé : elle ressemblait à un jardin sec japonais qui se serait effondré. Un jardin de pierres dans lequel la mer de sable clair aurait été remplacée par de la terre granuleuse et sombre. Une oeuvre fragile, qu'un orage détruirait en quelques minutes. Une oeuvre éphémère, qui allait disparaître d'un instant à l'autre. Le soleil avait eu la peau de la vieille mare, l'évaporant à sec. À nouveau, vieux conflit des contraires, c'est l'eau qui l'emporterait. L'eau qui, une fois la mare remplie, stabiliserait par son poids l'ensemble de l'édifice.

Majee s'en alla chercher le tuyau d'arrosage, qu'elle disposa au fond de sa construction. Puis, comme à regret, elle repartit au garage ouvrir le robinet et revint précipitamment : l'édifice allait-il s'effondrer ?

L'eau coulait sur la terre, remplit rapidement le fond de la mare, sans aucun dégât. La terre s'humidifiait, se mouillait, gonflait, devenait noire... elle absorbait l'eau sans glisser. Le niveau monta de plus en plus lentement, pendant 5 heures. Petit à petit, les différents cercles de pierres furent immergés et la mare déborda par le déversoir.

En faisant la différence entre deux relevés du compteur, Majee calcula qu'il avait fallu 3 500 litres pour remplir la mare. Très exactement 3 542 litres.

Le niveau baissa légèrement dans la nuit : les bords, qui resteraient humides à présent, avaient absorbé une partie de l'eau par capillarité.

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