Venise en Hiver

Le soir tout doucement descend sur la lagune.

Seule une écharpe d’or, au couchant, traîne encor

Allumant une à une les lumières du port

Qui dresse au loin ses mâts qui firent sa fortune.

 

Une gondole fuit le long du quai désert

Balayé par la houle et le vent de l’hiver

Où captives ses sœurs s’agitent par centaines

En dressant vers le ciel leurs ténébreuses antennes.

 

Glacé,

Le promeneur s’en va sous le porche d’un temple

Laisse errer ses regards, en silence il contemple

Le canal fabuleux festonné de palais

Où tout à l’heure encor, mille pigeons jouaient.

 

Saint Georges s’enlisant lentement dans la brume

Et l’ombre de son dôme engloutie par les eaux

Tout doucement la nuit descend sur la lagune

Envahit la cité, ses ponts et ses canaux.

 

Saint Marc se recueillant et couvant son trésor

Près de son campanile où veille un lion d’or,

Et la lune qui danse à travers les nuées

Caresse tour à tour les coupoles dorées,

 

Les dentelles de marbre et bronzes d’Orient

Les mosaïques d’or, les émaux, les fontaines

Réveille une statue endormie et rêvant

À son lointain passé, plein d’une gloire vaine.

 

Il croit voir défiler les doges orgueilleux,

Colleone emporté par son cheval fougueux,

Les belles de Venise allant au bal masqué

Véronèse ou Titien qui peignent leur beauté.

 

Il croit saisir des cris vers le Pont des Soupirs

Et Desdémone en pleurs à l’heure de mourir.

Il contemple envoûté Venise qui s’endort

Avec ses gondoles aux pieds du Lion d’or.

Venise - Novembre 1992

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