Introduction

Aquarelle de Janine Bouchut : barques et maisons en Bretagne

Te voici parvenue au seuil incontournable.

Ta vie se replie ainsi qu’une aile au soir

N’aspirant qu’à la paix d’un dernier reposoir

Te voici parvenue à la dernière escale...

 

Janine Bouchut avait rassemblé 8 textes sous l'appellation Escales, en vue d'une publication en livre imprimé, qui n'a jamais vu le jour. Édités en livre numérique, les 24 poèmes de ce recueil sont autant d'étapes géographiques ou d'étapes temporelles dans la vie de Janine.

Une partie des textes sont des souvenirs de voyage au Sénégal, en Sicile, en Tunisie et au Maroc.

II fait chaud, il fait lourd,

Les alizés

S’enlisent.

La terre d’ocre et de feu devient sable et poussière.

La mer

Est comme une huile

Et le soleil délire au-dessus de la ville.

 

De ses voyages avec Roger son époux, elle a su rendre des ambiances fortes.

Tandis que sur les wharfs que vient ronger la mer,

Assemblés par centaines

De tristes milans noirs veillent la ville qui dort

Comme on veille les morts.

 

D'autres témoignent de moments forts de sa vie.

Une barque s’en va silencieusement.

Elle file sans bruit, lente entre les roseaux,

Elle emporte ma vie, glissant au fil de l’eau,

[...]

Et je reste à rêver sur le bord de la nuit.

 

Janine Bouchut (1920-2008) était passionnée par la nature, cherchant à capter un moment, une ambiance, l'âme d'un instant fugitif. Ses poèmes témoignent d'une profonde adhésion au monde, d'un émerveillement, d'une aspiration au bonheur qui déborde et vous porte vers l'absolu, l'infini.

C'est l'heure bienheureuse où tout est poésie

Tout est paix, harmonie

 

Et ceci :

Le temps coule et murmure avec un bruit de source,

Et je laisse mon cœur

S’enivrer de bonheur...

 

Ou encore :

Pas de lune ce soir.

L'éternelle vagabonde

Est en train d'enchanter l'autre moitié du monde

 

Parfois hostile, souvent confidente, la nature est le lieu privilégié de ses états d'âme.

Le vent de la montagne est venu jusqu’à nous

Tout parfumé de foin, de prunelles et d’abeilles.

Je crois bien qu’il m’a dit quelque chose à l’oreille,

À peine un frôlis d’air a caressé ma joue.

[...]

C’est toute la forêt qui descend jusqu’à nous.

 

Merveilleuse grand-mère, Janine a su capter des instants de bonheur fugitifs et les traduire en poésie.

L’enfant s’est élancée

Et jetée dans mes bras ouverts à sa tendresse

Et puis, sur mes genoux, s’est lovée lentement

Comme un chaton frileux

Au creux d’une corbeille.

 

Une fois venu le temps de la vieillesse et de l'absence, là encore elle a su mettre en mots ses émotions, ses sentiments.

Viens ! Appuie-toi sur mon bras.

Nous marcherons un peu le long de ce chemin

Qui serpente et musarde entre les asphodèles,

Et le temps qui nous piège sera notre complice.

 

Vers la fin de sa vie, je l’ai aidée à chercher des éditeurs pour une publication papier de quelques textes. En vain.

À son grand regret et celui de ses enseignants, Janine Bouchut a quitté l’école en fin de 3e. Elle a gardé de cette frustration une grande curiosité et une soif de connaissance tout au long de sa vie. Arrivée à sa retraite de libraire, Janine s'est mise à peindre et à écrire des poèmes et des nouvelles. Ce sont des cartons de textes qu’elle a légués, en souvenir, à ses enfants et petits-enfants.

Janine a été membre sociétaire de la SPAF (Société des Poètes et Artistes de France). Elle a obtenu :

Janine a été publiée dans la revue Art et Poésie, Florilège des meilleurs recueils du concours Bugey Savoie Alpes Dauphiné 2000, pour son recueil Dans les pas du soir : À la lisière des mots, Le rire d'Érika, Un matin souriant.

En 2013, j’ai publié en livre numérique sa nouvelle Brunon, le dernier ours des Bauges, accompagné d'un texte dont je suis l’auteur.

À vous lectrice, à vous lecteur, je souhaite un bon voyage en poésie, de belles escales parmi ces textes amusants, émouvants, parfois mystiques, plein d'amour et de tendresse, certainement plein de vie, amicale et chaleureuse.

Jacques Bouchut

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