La Dernière Escale
Te voici parvenue au seuil incontournable.
Ta vie se replie ainsi qu’une aile au soir
N’aspirant qu’à la paix d’un dernier reposoir
Te voici parvenue à la dernière escale...
Il n’est plus temps pour toi de regarder la mer
Ton bateau démâté avance vers le port
Tes rêves de bonheur sont restés en arrière
Les pays enchantés sont bien plus loin encore...
La croisière fut belle et cruelle à la fois,
Au milieu des écueils tu as tremblé parfois
Mais ramènes invaincue cette vieille carène
Qui porte ton espoir en la bonté suprême.
D’avoir tant navigué tête dans les nuages
Tu ne rapportes rien, que poèmes et mirages
Tes filets déchirés par quelque poisson d’or
Tes barils éventrés dans la soute au trésor...
Et quelques petits riens sans valeur dans la cale.
Te voici arrivée à la dernière escale...
Ô mon âme, sans fard, dis, que vaudra ton fret ?
Ne la pèse, Seigneur, car elle ne pèse rien
Mais prends-la frissonnante en le creux de ta main
Et garde-la, blottie en ce havre de paix.