Beni Barka

C'était en Tunisie, au sud de Tataouine

Un vieux ksour oublié qui n'était plus que ruine.

Sur un rocher doré truffé de coquillage,

Comme veillant toujours l'immense paysage,

II survivait stoïque et le cœur entrouvert

Sentinelle perdue aux portes du désert.

 

Un dur chemin montait en poudreuse spirale

Sur ce morceau de mer pétrifiée, hors du temps.

Surgis d'on ne sait où, trois fiers petits berbères

S'offrirent à nous guider et nous accompagnèrent

Sur ce bastion ruiné d'époque féodale

Brûlé par le soleil, buriné par le vent.

 

Dans la dernière tour par les ans éventrée

Comme une antre noircie ouverte sur le ciel

Imprégnée de mystère et de surnaturel

Le dernier abri, la demeure sacrée

D'un homme de prière, un très vieux marabout

Qui vécut saintement avec la mort au bout.

 

"Tu vois au loin la pierre ?"

Dit l'enfant le plus grand.

"C'est là qu'on l'a couché, aux sables du désert

Quand il nous a quittés, il y a juste un an."

Du matin jusqu'au soir il louait le très haut

Car c'était un saint homme, il pesait chaque mot.

 

Alors on vient parfois comme lui les redire

Et puis sur ce rocher, brûler un peu de cire.

L'enfant montrait le roc transformé en autel

Une chandelle éteinte, consumée à demi

Et le vieux marabout semblait encore ici,

Les yeux illuminés, tournés vers l'éternel.

En silence, d'en haut, nous sommes descendus

Des fossiles dorés roulaient sous les pieds nus

 

Tandis que le couchant faisait flamber le ciel.

Djerba - Sévrier, juillet 1991

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