La barque
Déjà se meurt le jour et c’est l‘heure incertaine
Où le soir qui s’attarde a repoussé la nuit
Où s’apaisent enfin la rumeur et le bruit
Où l’âme se retrouve après tant d’heures vaines.
Sur le lac qui veille ainsi qu’un tendre amant
La lune qui s’apprête afin de l’éblouir,
Une barque s’en va silencieusement.
Elle file sans bruit, lente entre les roseaux,
Elle emporte ma vie, glissant au fil de l’eau,
Les jours de mon passé avec mes souvenirs,
Les rêves, les regrets, les chagrins, les bonheurs,
Dont elle fut tissée à la chaîne des heures.
Et ma vie dérive au long de la rive
Du temps qui peu à peu use mes forces vives.
Ô barque, arrête-toi près de ces nénuphars,
Laisse-moi retrouver avant qu’il soit trop tard,
Tout ce qui fut ma vie
Et fit battre mon cœur
Et aujourd’hui s’enfuit
Dans le jour qui se meurt.
Mais tu ne m’entends pas et tu glisses sans bruit,
Et je reste à rêver sur le bord de la nuit.