L'ours polaire en détresse
On commença à voir flotter des glaçons, puis les premiers icebergs. Mais Manman Doudou dans son Flacon aux poissons avait des vapeurs. Décidément, il faisait encore beaucoup trop chaud, même en s'approchant du pôle nord. Les autres n'avaient pas l'air de s'en rendre compte, bien emmitouflés dans leurs fourrures polaires. Les pirates en bras de chemises faisaient les malins. Mais on voyait bien, à leur nez rouge, qu'ils avaient froid.
- Trop chaud... trop chaud, marmonnait Manman Doudou, qui se disait que les temps de catastrophe climatique étaient venus.
Et malheureusement, elle avait raison.
On vit bientôt un pauvre ours polaire en détresse. Il faisait des signes de la patte, pour qu'on vienne le chercher sur une plaque de glace qui dérivait lentement vers le sud. Il était tout mouillé et on voyait bien qu'il avait essayé de nager pour rejoindre les autres ours sur la banquise, loin, loin, loin au nord.
- Cap à l'ours, hurla le capitaine pirate.
"Mais pourquoi je fais ça", se dit le vieux capitaine. "Qu'est-ce que ça va me rapporter ?" Cependant il oublia très vite ses pensées idiotes et il se mit à rire comme s'il avait trouvé un trésor.
Le bateau pirate avait modifié sa trajectoire, et filait en direction de l'ours polaire en détresse sur son glaçon. L'ours blanc ressortait sur la glace bleue qui flottait sur une eau sombre. Et bientôt, tout le monde put voir que l'ours polaire les regardait avec un sourire bêtasse, qui révélait à la fois son soulagement et sa surprise.
L'ours monta à bord avec joie et on le déposa, 3 jours plus tard, sur la banquise où il rejoignit en courant ses compagnons et sa famille.
- La banquise fond beaucoup trop vite, déclara Manman Doudou dans son Flacon aux poissons. Bientôt les ours ne sauront plus où aller pour trouver de la nourriture.
Dispersés sur des bouts de glace en train de fondre, ils vont s'épuiser à nager et se noyer dans la mer polaire.
- Quel malheur, dirent en cœur les marins pirates, qui étaient devenus tout tristes d'un seul coup.
- C'est le monde à l'envers, déclara le capitaine. Avant, c'étaient nous les pillards. On pillait les navires de commerce en faisant peur à tout le monde.
- Ouais, c'était chouette, s'écria un pirate en rigolant.
- Maintenant, continua le capitaine, ce sont des capitaines d'industrie et des dirigeants de sociétés financières du commerce international qui pillent la planète.
Pollution, catastrophes écologiques, réchauffement climatique, danger nucléaire, cela ne fait peur à personne. La nature disparaît. Trop de voitures, trop de routes, du béton partout et plus de marins pêcheurs. Quelle tristesse !
Manman Doudou dans son Flacon aux poissons se désolait : pendant que les pays riches en Amérique et en Europe détruisent la planète, l'eau des océans monte, monte, monte. Bientôt des millions de gens devront fuir les côtes inondées, submergées, abandonner les îles qui vont disparaître sous le niveau de l'océan.