Breizh
À ce grand-père breton
Que je n'ai pas connu et
Que j'aurais pu aimer
Bretagne, maison sur la côte, aquarelle de Janine Bouchut
En ce pays d'Armor balayé par les vents
Où le ciel et la mer jouent avec la lumière
Tout un peuple a gravé son âme dans la pierre
Pour exprimer sa foi qui triomphe du temps.
Le grand menhir brisé, étalé sur la lande
Sur un lit de bruyères aux teintes d'amarante
Comme un monstre marin jeté par l'océan
Témoigne de l'esprit qui défie le néant.
Quel peuple a pu dresser la pierre néolithique ?
Comment l'a-t-on portée et levée pour quel druide,
Qui dort d'un long sommeil sous la lande sévère
Face à l'immensité du ciel et de la mer ?
Le marin qui s'en va, la femme qui l'attend
Ont tant prié ici depuis des millénaires
Tant invoqué le Dieu maître de l'océan
Tant bâti de chapelles aux creux de leurs abers,
Et tant dressé de croix sur le bord du chemin
Pour atteindre le ciel et forcer les destins
Que le sol sous nos pas semble terreau sacré.
Sur enclos et dolmens, les siècles ont passé.
Même l'air que l'on respire en garde le mystère
L'âme perçoit l'esprit qui remplit l'univers.
La terre avec la mer se mêle au ciel changeant
Et les yeux éblouis, on rêve dans le vent.
Quiberon - Juillet 1983