Mensonges, folie
Frances Mc Dormand (Marge) dans Fargo de Joel et Etan Cohen.
Michael Duras et Delphine Resnais
Autant ma grand-mère Margot était intarissable, autant mon arrière-grand-père Michael était peu loquace. C'était un gros bonhomme austère qui semblait perpétuellement absorbé par une méditation profonde, sombrant souvent dans un sommeil peuplé, peut-être, de rêves inaccessibles, de princesses à délivrer, d'amours impossibles, allez savoir. Aussi bien, ne faisait-il que ruminer ses affaires, cherchant le meilleur moyen de saisir une opportunité. Mais voyez-vous, je n'y crois pas : il ne faut pas oublier que Michael, autrefois, s'était fait faucher sa jeune épouse, par un bel officier de l'armée des Indes de passage à l'ambassade de France ! Et qu'il ne lui resta plus qu'à obtenir le divorce par contumace. Ou quelque chose dans le genre, je n'ai jamais su. De là à imaginer que, de ville en ville à son retour des Indes, Michael a créé des salles de cinéma pour oublier...
Delphine avec qui Michael s'était remarié, racontait une histoire étrange. Elle reconnaissait se perdre dans les lieux, le temps, comme dans un labyrinthe et ne plus savoir que penser. Lors d'une cure thermale, elle aurait rencontré un inconnu qui avait tenté de la convaincre qu'ils s'étaient aimés l'année précédente, ce dont elle disait n'avoir aucun souvenir. D'autant plus qu'elle était sûre d'être allée à Balaruc cette année-là, ou peut-être à Aix-les-Bains, mais ailleurs que dans ce vaste hôtel. De toute façon, elle jurait n'avoir qu'un seul amour : Michael, son mari. Elle regrettait que Michael soit rejeté pour une raison obscure par la petite société bourgeoise de la ville, qui fréquentait pourtant son cinéma.