Quand ça finit quand même par finir,
parce que les histoires ont une fin, même pour ceux qui ont faim de savoir et veulent voir la fin, qui voudraient qu'on leur dise que le récit continue, qui demandent qu'on raconte le conte, encore et plus encore, qui se sentent perdus quand on ne leur dit rien, mais qui n'entendent pas raison sous le coup de l'émotion. Non pas fin, s'il te plaît, continue la chanson, sinon t'es mort et plus encore. Non et non et non et n'éteins pas la lumière avant de partir.
On voudrait s'endormir en cours, avant que le conteur arrive à la fin, c'est trop triste quand c'est fini, on reste là sur le bord du rêve, en équilibre, sans savoir de quel côté on va tomber, trop dure la chute dans l'obscurité, de l'histoire très passée, plongée en apnée en silence cotonneux, le silence des mots morts, des phrases fracassées. C'est comme perdre un être cher, vous devez faire le deuil de l'histoire et ce n'est pas facile.
A mon corps défendant, je suis bien obligé de reconnaître que mon passé a beaucoup plus d'importance que je ne le voudrais.
Territoires d'histoires, espaces landes parcourus par vent, mots envolés tombés des arbres, paroles dispersées en mémoire oubliés. Il est possible que vous déchantiez, à voir vos proches, squelettes, rire et s'amuser comme (oui, dites-le), avec boutons cousus les yeux fermés ne peuvent lire. Qu'entendez-vous par là ? me direz-vous. Mais c'est fou, c'est tout ! C'est la vie ici, sur terre, restez-y. Et puis, Coraline, Alice, Belle, vous y croyez ? Alors pas de souci. C'est fini, je n'en dirai pas plus.
Voilà, maintenant vous savez tout, à vous de passer ou non, à vous d'explorer les autres côtés du monde. Avouez, ne sentez-vous pas monter en vous une jouissance toute particulière, à faire maintenant ce que vous faites tous les jours sans y prêter attention, passer du rêve à la réalité, du réel à l'imaginaire, à tout moment.
Et quand on vous surprendra perdu dans vos pensées, à ceux qui, moqueurs, vous diront reviens sur terre, vous répondrez du clic au clac, avec un grand sourire compatissant : C'est complètement idiot, sur Terre, j'y suis déjà !
Comme toi. Pour le moment.