Chouette, une lectrice

- Je me présente : Mélanie. Je vous ai suivi en empruntant les 4 portes d'entrée. Très impressionnant ! Je vous avoue que je n'ai pas compris comment vous avez retrouvé le manuscrit disparu de votre père. Vous savez, le numérique ça me dépasse, à part envoyer et recevoir des emails, aller sur Internet... Ceci dit, sans vouloir vous vexer, vous avez échoué : vos 3 textes ne sont que du rafistolage. En rassemblant les fragments, vous ne dites rien des 3 histoires originales de votre père. Vous auriez pu les écrire, mais cela ne nous aurait pas plus renseignés sur la vie des personnages.

- Certes. Cependant, si j'ai échoué, il me semble que j'ai réussi à vous épater. Pour ce qui est d'écrire quoi que ce soit, ce n'est pas moi l'écrivain : c'est mon père. C'était.

- Désolée.

- Le pire : jusqu'au jour de son enterrement j'ignorais que mon père avait écrit des manuscrits. Je croyais le connaître...

- C'est comme moi avant ma séparation. Je croyais connaître mon conjoint. Eh bien, pas du tout ! Oh, remarquez, dans toutes les familles, on raconte des histoires. Raconter la vie des gens, c'est impossible. Avec le temps qui passe, on ne se rappelle de moins en moins ce qu'on a vécu. De plus, la mémoire transforme nos souvenirs. Et là-dessus on empile des couches de légendes familiales, la mémoire de ce qu'on a entendu dire.

- On ne se rappelle déjà pas grand-chose de ce qu'on a vécu, alors raconter la vie des autres, bonjour !

- Vous parlez comme votre père. Alors, laissez-moi vous dire au revoir.

- Vous revoir ? avec plaisir, Mélanie.

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